Qui suis-je ?

      Désormais, je fais partie des méchants, des teigneux, des jaloux, de ceux qui ruminent dans leur appartement sombre, qui ont l'œil noir devant l'innocence des enfants, de ceux dont l'odeur même révèle l'amertume, de ceux qui rient avec une mâchoire rouillée !

      Désormais, je fais partie de cette légion de damnés qui sur terre n'a pas connu l'indulgence, la compréhension, la pitié, de cette légion abrutie par l'orgueil et son égoïsme et qui ne s'est jamais réveillée au son clair de la tendresse !

      Désormais, mon cerveau est obtus, fermé, injuste. Naguère encore il n'avait de cesse de renoncer à lui-même pour saisir davantage et excuser et le voilà glacé, dur, oh ! toujours bouillant ! mais par des connexions altérées et jetant des étincelles !

      Je fais partie de ceux qui pendant des années ont donné à leur pays le meilleur d'eux-mêmes, sans qu'ils en reçoivent ni salaire ni reconnaissance ! Je fais partie de ceux qui ont servi la société au-delà de ce qu'elle peut même imaginer et qui en vieillissant se voient toujours aussi seuls et les mains vides ! Pendant des années, j'ai proposé aux éditeurs ce que je pouvais faire de mieux, la fleur de moi-même, ce que j'avais de plus cher… et je me suis heurté à un mur, je n'ai essuyé que des refus…
      J'ai cru que le manuscrit était mal présenté, que je m'étais adressé à la mauvaise personne, que j'aurais dû fabriquer mes timbres moi-même ou qu'il fallait parler de la femme en « Mongolie-Inférieure », mais rien n'a changé !
      Or, je n'ai jamais voulu devenir quoi que ce soit, si je me suis mis à écrire, c'est qu'avec le temps je me suis rendu compte que c'était là pour moi la seule façon de s'épanouir ! Mais je me reprends à expliquer les choses, l'heure n'est plus à donner, mais à prendre, toute autre attitude reviendrait à servir de la confiture aux cochons !
      Or, également, tout irait bien si les éditeurs éditaient à côté des choses intéressantes, capables de m'enrichir. Dans ce cas, je me tiendrais tranquillement dans la salle d'attente, mais on est justement à l'opposé, d'où ce site, qui va prendre l'aspect de celui d'un boucher, car je me fais fort, ici, de prouver que presque tout ce qui est publié aujourd'hui est absolument sans valeur !
      Sur les étals, il y a quatre ou cinq maisons d'éditions, pas plus ! et c'est donc leurs livres que je vais railler et comme cela me fera du bien, car c'est le mensonge qui est déprimant, pas la réalité !
      Ainsi, chaque mois seront décernés les prix de l'écrivain et de l'éditeur les plus nuls et dans chaque édition il y aura encore un point de vue, plus ou moins en relation avec l'actualité, et une histoire qui sera de mon cru et qui viendra renforcer mon propos…
      En fait, il y a deux France. Il y en a une qui ne lève jamais la tête, qui a toujours le mufle dans le râtelier, qui se goberge, qui ne connaît aucune mesure et qui désespère l'autre, celle du bon vouloir, celle qui est chrétienne sans s'en douter et qui peine, ou qui rêve de révolte, parce qu'elle n'en peut plus !
      Bouh ! ouh ! snif ! je suis un affreux manichéen, mais dans mon domaine qui est la littérature, je vais essayer de faire un trou vers le haut avant qu'il ne soit trop tard. Quand on ne pourra plus respirer alors on tuera vraiment !
      En attendant, j'espère que vous serez nombreux à crier comme moi après chaque livre : « Allez, à la géhenne ! », séjour détestable comme dit le Coran.

 

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