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LA DORSALE DU MAL
III
Etrangement, Gary sympathisa avec les ambulanciers, qui étaient des gens plutôt simples. On entra dans un complexe, où les bâtiments étaient séparés par un parc sans recherche. La verdure y était somme toute pauvre : quelques arbustes brisaient la monotonie de grands gazons un peu jaunes. Bref, on comprenait que le jardin était une nécessité et une corvée.
On déposa Gary devant une porte, pour le conduire à sa chambre. On prenait avec lui des précautions, on veillait à ce qu’il entendît bien ce qu’on lui disait et ainsi on lui montra son placard, pendant qu’il découvrait la pièce où il allait vivre un certain temps désormais.
L’espace y était étroit, ainsi que le lit et il y avait des barreaux aux fenêtres. Laissé seul, Gary déambula dans les couloirs et on y voyait toutes sortes de gens. Certains dans l’ombre avançaient lentement et avaient des allures de fantômes. D’autres au contraire se précipitaient vers le fumoir, ayant obtenu une cigarette : c’étaient sans doute les excités. Cependant, on percevait d’endroits plus retirés des cris et des coups contre les murs ou les portes et on imaginait là des souffrances dépassant l’entendement.
Ce qu’on parvenait à saisir, assez rapidement, c’était qu’on était surtout ici à attendre… et à attendre principalement les repas. Il y avait encore la visite des médecins et même des familles, mais c’était moins important.
D’ailleurs, le réfectoire était la pièce la plus agréable de l’ensemble : de larges baies vitrées l’illuminaient carrément et donnaient de plain-pied sur la verdure du jardin. Cette ambiance apaisait tout le monde. Pourtant, des malades y montraient encore une grande nervosité et finissaient par renverser quelque chose, provoquant la petite catastrophe que justement ils redoutaient. O étrangeté des profondeurs de l’âme, qui restent incompréhensibles à ceux qui ne les ont pas approchées de près !
Un individu, en particulier, n’arrivait pas à manger correctement. Il était seul à sa table et celle-ci avait bientôt l’air d’avoir été saccagée par le passage de plusieurs ours affamés et indélicats. Le malade grinçait incessamment des dents et produisait un bruit de plastique, tandis que ses tribulations étaient observées par un membre du service, mi par curiosité, mi par moquerie, car cette personne n’hésitait pas à hausser les épaules en constatant un nouveau désastre.
Il y avait aussi un géant, qui restait longtemps allongé sur la pelouse à écouter sa radio. On aurait dit une grosse bouteille à côté d’une boîte d’allumettes ! Gary avait essayé de lier conversation, mais il avait dû se rendre compte que l’autre ne parlait que tout seul.
D’autres pathologies étaient moins visibles : elles couvaient. Un jeune homme, par exemple, demanda à Gary s’il voulait gagner de l’argent rapidement et comme on ne peut pas répondre non à une telle question, il proposa encore des parts dans une start-up. La voix était tellement claire que le marché pouvait paraître crédible, mais bientôt une infirmière s’approcha pour dire au jeune homme : « Attention, Peter, vous n’allez pas vous mettre dans le même état que la dernière fois, hein ? rassurez-moi ! »
Celui qu’on avait appelé Peter baissa soudain la tête, avant de finir par se taire. Peu après son départ, Gary imagina sans difficultés ce qui aurait pu suivre : Peter serait devenu de plus en plus enthousiaste, de plus en plus volubile, et il aurait problablement suffi du moindre doute de la part de Gary pour que cette exaltation se transformât en une violente crise de nerfs. Voilà à quoi aurait pu aboutir un dialogue commencé pourtant avec les meilleures marques de civilités !
Bien entendu, il y avait aussi des cas plus familiers, plus classiques, comme celui de la dépressive incurable au pas traînant et qui avait un visage terreux, presque marron, à force de nourrir des pensées sombres.
Cependant, d’une manière générale, presque tous ici ne se considéraient pas comme des malades, certains même étaient persuadés de pouvoir jouer les psychologues auprès de leurs compagnons : ils savaient cerner leurs problèmes et leur donnaient les meilleurs conseils ; attitude d’autant plus étrange qu’il n’était pas rare de les voir pleurer quelques minutes après !
La vie ici était parfaitement réglée : entre les repas ouvraient la bibliothèque et un atelier de création artistique. Après le déjeuner, l’heure appartenait au personnel soignant, il était absolument vain de vouloir le solliciter à ce moment et en fait il profitait du bien-être de la digestion pour se raconter les derniers potins. Le pragmatisme est un ingrédient indispensable du bonheur !
A quatre heures goûter : quelques biscuits au beurre, avec du thé, ce qui redonnait un peu de soleil « au bateau des malades », qui glissait jusqu’au soir, où vers les vingt-et-une heures avait lieu l’incontournable distribution des médicaments. Chacun y prenait un certain nombre de pilules, d’après une liste établie par les médecins évidemment et le tout devait être avalé devant les gardes de nuit. Après le coucher, la chimie plongeait la plupart dans un sommeil qu’ils n’auraient jamais réussi à goûter sans elle. Le bâtiment aussi connaissait la quiétude.
Il y avait une chose sur laquelle se rattrapait Gary, c’était la télévision, dont il n’avait pu profiter à l’autre bout de la galaxie ; et plus il la regardait et plus il trouvait qu’elle représentait somme toute un monde étrange. Car c’était une société dans la société et on pouvait même se demander si finalement ce n’était pas elle qui était la plus importante et la plus réelle des deux , bien qu’elle ne fût en définitive qu’un objet dans la pièce. Mais le quotidien paraissait si sombre, si figé à côté d’elle !
D’ailleurs, tout le monde avait l’air de vouloir se montrer à la télévision, on se battait pour participer à tel jeu, telle émission. On entendait des cris du genre : « Pas question de mourir anonyme ! » La vie ne prenait son sens que si on avait été vu sur le petit écran, c’était le symbole même de la réussite !
Ainsi, les gens tournaient autour de la télévision comme les papillons autour d’une lampe, c’était elle la lumière, elle chauffait les foyers, donnait à l’existence son intérêt, son brillant et on ne s’y trompait pas non plus à l’intérieur de ses murs, car les places y étaient chères… et précaires ! On ne se remettait pas d’un évincement : la personnalité qui en était l’objet ne quittait pas immédiatement les plateaux, elle était encore invitée par des collègues qui la soutenaient et elle parlait de ses projets télévisuels ; mais c’était bien à un déclin auquel on assistait et bientôt l’orgueil ne suffisait plus, la vedette rabâchait son amertume et en lassant disparaissait définitivement.
On avait vu son être illuminé, placé sous tous les regards, comme en un berceau rayonnant, et soudain il fallait retrouver l’ombre, prendre la porte et redevenir quelconque parmi la foule ! N’était-ce pas au-dessus de toutes les forces ?
En tout cas, cela montrait quel abîme existait tout de même entre la télévision et le reste de la société… Pourtant, ce fait était nié par la plupart des gens qui y travaillaient… ou plutôt il n’y était pas vraiment évoqué, chacun laissant sous-entendre qu’il n’accomplissait que son travail !
Cela était-il vrai ? Etait-on si détaché ? Cette propagation de soi était-elle si naturelle ? Beaucoup de journalistes, d’animateurs n’hésitaient pas à apparaître comme des célébrités dans d’autres médias… et même dans des émissions de télévision consacrées à la télévision, car ce monde s’intéressait volontiers à lui-même, il se suivait pas à pas, et beaucoup se racontaient avec complaisance !
Certains écrivaient même des livres ! Ils racontaient leur expérience, persuadés qu’elle était étendue et peut-être que la honte survenait bien des années plus tard, quand la vie avait vraiment éprouvé les auteurs… En tout cas, grâce à un nom connu, on était édité facilement et peu importait si on prenait la place d’un véritable écrivain qui, lui, frappait sans succès à toutes les portes ! L’époque voulait surtout qu’on gagnât de l’argent.
En fait, la télévision formait un univers privilégié, qui se félicitait, se protégeait et n’y entraient que ceux que l’actualité y poussait ! Quand on se fait autant plaisir, on finit toujours par s’aveugler, par s’éloigner de la réalité et ce fut ce qui se produisit sous les yeux de Gary. Dans le secteur D, où habitaient les familles les plus pauvres, il y eut des révoltes… Le journal télévisé montra des heurts violents entre la police et la population, mais, chose curieuse, les journalistes n’étaient pas les bienvenus. Ils avaient beau mettre en avant qu’ils rendaient témoignage, ils étaient systématiquement écartés. Ils étaient considérés comme des collaborateurs du gouvernement, mais moins par la teneur de leurs informations que par l’image de richesse et de confort qui émanait de leur quotidien.
Pour résumer, qu’est-ce qui caractérisait pour Gary ce monde de la télévision ? C’était principalement ces sourires immaculés, à la dentition parfaite et qui renvoyaient toute la lumière qui déjà faisait resplendir les plateaux. Ces sourires-là semblaient tout résoudre : certes il y avait matière à des débats épineux, mais en fin de compte on était entre gens civilisés et demain on se pencherait sur une autre question. C’était une manière aussi de ne jamais régler vraiment les problèmes, ceux-ci étaient récurrents car on n’allait pas au bout des choses… et non sans une certaine colère, cette nation dans la nation, Gary l’avait appelée la République des dents blanches ; celle qui s’amusait et sur laquelle finalement glissait le réel !
IV
Parallèlement, le patient du docteur Ross commença sa thérapie. Lui et son thérapeute se retrouvèrent dans une pièce parfaitement silencieuse.
_ Nous allons d’abord définir de quoi vous souffrez… débuta Ross.
_ Les symptômes ? demanda Gary.
_ Oui, c’est cela, vous allez me décrire ce qui vous fait mal…
_ Eh bien, d’abord, je ressens une grande fatigue, une profonde lassitude… un épuisement !
Pendant que Gary parlait, Ross ne cessait de prendre des notes.
_ Une fatigue, une langueur dans les gestes, et c’est tout ? Irritabilité ?
_ Oui, sans doute, parfois, mais j’ai aussi des douleurs…
_ Quel genre ?
_ Eh bien, c’est venu bizarrement… le matin… en prenant ma douche. Le jour où j’ai vraiment remarqué la chose, c’est comme si une main de fer m’avait saisi derrière la tête. C’est arrivé alors que je me relevais et je suis resté quelques secondes abasourdi par le degré de la souffrance… Après, j’ai peu à peu appris à m’y préparer…
_ C’était toujours le matin ?
_ Non, avec le temps, le problème s’est étendu… Il m’est arrivé de le sentir en traversant la rue… et pareillement, j’ai l’impression d’être tiré en arrière, par une force incroyable ! Il me faut faire des efforts colossaux pour atteindre l’autre côté de la chaussée…
_ J’imagine que cela doit vous faire peur…
_ Oui, c’est une sensation infiniment désagréable… Par moments, j’ai toutes les peines du monde à tourner la tête, si autour il y a beaucoup d’agitation ou de trafic… J’ai l’impression que s’il me fallait considérer très rapidement un autre angle de vue, cela ne se ferait pas sans vertige ! Je crois alors qu’il faut que je prenne des précautions ! Parfois même, je suis contraint de remonter des rues comme on remonte des torrents, pour trouver un gué ou un meilleur passage ! Pour moi, il s’agit d’avoir assez de force pour me présenter perpendiculairement à la circulation… et après, quand je m’engage, j’ai le sentiment de marcher dans un courant qui pourrait m’emporter… C’est très pénible, d’autant que dernièrement j’ai ressenti d’autres troubles…
_ Dites-moi lesquels…
_ Oh ! eh bien ! à ces problèmes d’équilibre sont venus s’ajouter des craintes que je n’avais pas autrefois…
_ Ah bon ?
_ Oui, auparavant, je pouvais prendre n’importe quel vol, pour n’importe quelle planète, comme ça subitement ! Je savais que je serais partout chez moi, grâce à mon monde intérieur. Mais aujourd’hui je serais incapable de repartir pour l’aventure… Je suis maintenant victime de peurs absurdes et contre lesquelles pourtant je dois employer toute mon énergie, pour qu’elles ne me submergent pas !
_ Pouvez-vous donner des exemples ?
_ Oui, aujourd’hui, j’ai peur de frapper mon voisin… de jeter mon café au-dessus des autres tables… de me jeter sous un bus, parce qu’il fait du bruit ! de me déshabiller en public… ou de me mettre à crier à la caisse d’un grand magasin, justement parce que les gens y sont silencieux ! Tenez, si je prends une bouteille de vin dans ma main, j’aurais peur de la lâcher… car elle fait un certain poids, parce qu’elle est plus précieuse que de l’eau… En fait, tout ce qui peut paraître scandaleux… ou justement le contraire de ce qui est à faire, j’ai peur de l’effectuer !
_ Vous n’avez plus aucune confiance en vous ! fit observer Ross qui écrivait plus que jamais.
_ Oui, mais je crois que c’est pire, je crois que je me suis perdu !
_ Savez-vous comment cela est arrivé ?
_ Oh ! j’ai toujours été très tourmenté, vous savez… Une enfance conflictuelle, ça laisse des traces !
_ Bien sûr ! Avec lequel de vos parents, vous avez été particulièrement en conflit ?
_ Je me suis battu avec les deux… Mais c’est surtout avec ma mère que ça c’est mal passé ! En discutant avec elle, j’ai toujours eu l’impression qu’il y avait deux soleils !
_ Savez-vous pourquoi vous n’arriviez pas à vous entendre ?
_ Non, pas exactement… Même aujourd’hui certaines choses demeurent vagues… Mais tout de même j’ai toujours senti quelque chose d’injuste, qui me révoltait… En tout cas, j’avais une éducation trop serrée, qui m’étouffait et qui me paraissait dépourvue de plaisir, infiniment triste !
_ On voulait peut-être vous protéger ?
_ Oui, je me suis souvent dit ce genre de choses, j’ai souvent cherché des circonstances atténuantes à mes parents… D’autant qu’il est de bon ton de se montrer assez nuancé pour ne pas être manichéen… Mais je soutiens encore aujourd’hui que toute cette violence, tous ces tracas n’étaient pas entièrement justifiés !
_ Vous avez dit que vous vous êtes perdu…
_ Oui, je pense que cette relation conflictuelle m’a fragilisé… qu’elle ne m’a pas permis de me structurer convenablement… et surtout qu’elle a provoqué en moi des failles, car ce n’est pas seulement ma mère que j’ai eue contre moi, mais je n’avais jamais vu mon père se mettre de mon côté !
_ Vous auriez désiré cela ?
_ Oui, comme je vous l’ai déjà dit, je sentais une injustice à mon égard, mais pas seulement… pour moi il y avait une hypocrisie, du mensonge dans l’attitude ma famille… et j’aurais apprécié de temps en temps, je ne dis pas tout le temps, j’aurais apprécié que quelqu’un me rejoigne, prenne mon parti, car je ne pouvais pas toujours avoir tort… Cela m’aurait fait du bien, mais aussi cela aurait servi la vérité, l’intelligence…
_ Votre père se rangeait à chaque fois du côté de votre mère ?
_ Oui, mais je pense au fond que ça l’arrangeait… Comme cela il n’était pas en guerre contre ma mère et il pouvait mener ses propres affaires… il travaillait à l’extérieur. Mais le pire c’est que mon frère non plus ne m’a pas suivi ! Il n’y a pas eu vraiment de solidarité entre nous !
_ Vous avez un frère ?
_ Oui, un frère aîné !
_ Savez-vous ce qu’il fait en ce moment ?
_ Eh ben, je pense qu’il doit travailler dans le secteur A…
_ Il est dans le secteur de l’élite… Il a réussi donc ! tandis que vous, vous êtes menacé du secteur E !
_ Oui, il a réussi… selon vos critères en tout cas… comme mon père aussi…
_ Mais vous disiez que votre frère, lui non plus, ne partageait pas votre point de vue, notamment au sujet de l’injustice provoquée par votre mère ?
_ Disons qu’il agissait autrement… il n’entrait pas en conflit ouvert comme moi contre ma mère… Il imitait plutôt mon père… lui aussi faisait sa petite cuisine, à l’extérieur ! D’ailleurs il m’a donné parfois des leçons sur le mensonge… Il voyait sans doute combien j’étais maladroit sur ce plan-là… Lui, mentait, menait ses projets à bien et laissait dire ma mère…
_ Pourquoi n’avez-vous pas suivi son exemple ? C’était peut-être ce qu’il y avait de plus intelligent à faire ?
_ Oui, je vois ce que vous voulez dire : c’est la fameuse hypocrisie sans laquelle les sociétés ne pourraient pas se former… et je me suis reproché à l’occasion d’être un nouveau misanthrope… Mais celui qui ment dans sa vie, celui qui se ment, s’enlève toute espérance de Dieu, s’enlève toute espérance de vie après la mort. Il est le premier à ne plus y croire, non parce qu’il est lucide, mais parce qu’il n’a pas éprouvé la vie dans sa vérité, dans toute son étendue… Si moi, je dois ne plus croire, ce sera les yeux absolument ouverts, ce sera sans mensonges sur ce que je suis et sur ce que sont les autres ! Ainsi je saurai ! Et puis celui qui biaise, même s’il s’en défend, ne voit pas la mort autrement que comme une chose abstraite ! Sinon il s’alarmerait ! Se battre obstinément pour ses intérêts est une forme de cécité !
_ Revenons à votre fragilité, si vous le voulez bien ?
_ Oui, elle est très compréhensible… Quand jamais personne ne partage votre avis, votre vision, vous avez beau être sûr d’avoir raison, vous ne pouvez pas vous empêcher de vous voir à la longue comme un type à problèmes, comme un type haïssable ! Vous en venez à détester votre fond, ce qui le rend très friable ! Alors vous êtes prêt à commettre quelques folies…
_ Vous avez commis quelques folies ?
_ Oui…
_ Racontez…
_ Euh…
_ Ecoutez, j’ai été à votre place… Moi aussi j’ai dû passer outre ma peur du ridicule… C’est nécessaire si on veut aller au bout des choses…
_ Oui, je comprends… Mais d’abord il faut que vous sachiez que j’aime Dieu et que je l’ai toujours aimé ! Je ne sais pas d’où vient cet amour…
_ Vous avez reçu une éducation religieuse…
_ Oui, mais justement elle aurait dû me dégoûter… Aller à la messe m’a toujours été une corvée… J’ai toujours cherché à y échapper… Quant à ce qu’on me disait au catéchisme, ça m’a toujours passé au-dessus de la tête ! J’imagine qu’il en va de mon amour pour Dieu comme de mon amour pour la beauté, l’équilibre ou la vérité… Enfin, une question me taraudait : comment être heureux quand d’autres ne le sont pas ! Cette question peut ne pas avoir beaucoup d’intérêt pour un athée, mais il est absolument nécessaire d’y répondre pour continuer à croire… En effet, trop d’iniquités laissent place au doute… et puis, surtout, la souffrance générale laisse supposer qu’on n’en fait pas assez et que de cette façon on ne peut pas plaire à Dieu ! Or, la peur de ne point le satisfaire n’est-elle pas le début de la sagesse ?
_ Et depuis vous avez su répondre à votre question : comment peut-on être heureux quand d’autres ne le sont pas ?
_ Avouez qu’au fond ça vous intéresse, non ?
Gary fixa le docteur Ross, mais elle se contenta de sourire et alors il reprit :
_ En fait, la réponse est en rapport avec l’image que l’on a de soi, avec un état dépressif ou non. Si on n’a aucun sentiment de son utilité, alors la question devient une source de tourments. Par contre, si on se rend compte que par son activité on apporte soi-même une pierre à l’édifice, on comprend qu’on ne peut pas résoudre tous les problèmes. C’est donc dans les périodes où je ne réussissais rien, où j’étais très déprimé que j’ai pu être la proie d’angoisses destructrices ; je n’avais aucune défense à leur opposer !
_ Vous avez un exemple de ce que vous avez appelé vous-même vos folies !
_ Vous vous souvenez du virus XLR 80 ?
_ De la maladie des cauchemars ?
(La suite le mois prochain !)