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Lundi, 01 Février 2010 13:57
SUR TEILHARD DE CHARDIN
Si on n’y prend garde, la bêtise, l’hypocrisie et finalement la méchanceté nous envahit et nous empoisonne ! Mais d’abord je rappelle que j’ai une santé défaillante et que bien souvent je ne peux que regarder la télévision pour passer le temps, puisque travailler, c’est-à-dire écrire, ne ferait que me fatiguer davantage. Ceci pour expliquer que je vais prendre en exemple des émissions que certains d’entre vous ne croisent sans doute jamais, ce qui laisserait entendre que je suis un inconditionnel de la petite fée du logis, ce qui n’est pas ! Les relations que nous pouvons entretenir avec la maladie, si elles sont dans un premier temps pleines de mépris de notre côté, deviennent à force très courtoises : nous apprenons à obéir à notre mal qui sait se montrer quand il le veut le plus fort !
Toujours est-il que dernièrement j’ai eu par deux fois l’occasion de sursauter dans mon fauteuil, en pensant que personne ne se souciait de l’état de mon coeur ! La première, c’était lors de l’émission C’est pas sorcier, alors qu’elle était consacrée à l’évolution ! On nous y parlait bien entendu de Lamarck et de Darwin et on concluait que l’évolution n’était due qu’au hasard et que l’homme n’en était en aucun cas le point culminant. Pan ! Prends ça dans ta figure et n’y reviens pas, hein ! petite larve de croyant !
C’était vraiment le château du matérialisme qui faisait claquer son pont-levis, laissant tous les retardataires à la merci de la nuit et des brigands ! Notons que cette émission est censée faire autorité parmi les adolescents et que ses erreurs sont donc d’autant plus graves ! Enfin, pendant plusieurs jours, j’enrageais chez moi, ça ne passait pas, jusqu’à ce que l’idée d’écrire cet article s’imposât et je vais donc pouvoir y régler mes comptes… et comme ça va être bon ! Tas de blattes !
Mais n’allons pas trop vite et parlons de la seconde émission qui a également tenté de réduire mon espérance de vie ! C’était un programme qui ressemble au précédent, puisque c’était X:enius sur Arte ! On y expliquait l’origine des couleurs dans la nature par la compétition que les fleurs éprouvaient entre elles pour attirer les insectes, le but final étant la pollinisation, la pérennité de l’espèce, bien entendu ! Toi, tu es bleue et tu séduis le bourdon ! C’est pourquoi je vais devenir rouge et l’abeille n’y résistera pas !
Outre qu’on peut se demander si la richesse et l’éclat des minéraux relèvent de la même raison, cette façon de voir laissait entendre plus largement et plus tardivement, comme un poison dont l’effet ne serait pas immédiat, que la beauté était née de l’utilité et qu’elle était forcément assujettie à la loi de cause à effet ! Il n’y a pas à mon sens de plus grande hérésie, dussé-je le répéter jusqu’à mon dernier souffle ! Mais, ici, nous touchons à la crapule scientifique, car il y en a bien une, et il ne faut pas hésiter à fracasser des crânes pour faire le ménage !
D’abord, pour parler de la beauté, le plus habilité n’est pas le scientifique (imaginez Verlaine devant traiter des équations d’Einstein !), mais c’est l’artiste véritable et particulièrement le poète ! C’est lui qui est le plus à même de prendre l’exacte mesure de ce qu’est et représente la beauté ! car c’est lui le meilleur récepteur, c’est lui qui la voit le mieux ! Et en tant que poète je peux affirmer ceci, que la beauté est si dense en chaque point de l’espace qu’elle en est jaillissante et que l’idée de gratuité et de jeu ne peut que venir à la conscience ! Il suffit d’observer des ombres se reflétant dans une eau que le vent ride pour sentir ce que peut être l’infini ! En fait, la beauté est essentiellement esprit (gratuité + jeu), mais nous y reviendrons…
Cependant, cette erreur, qui est de se tourner vers la science pour discuter de la beauté et qui peut paraître anodine, en cache une autre bien plus grave, bien plus sale ! En effet, pour avoir une pensée matérialiste bien sereine et donc pour atténuer l’un des phénomènes qui pourraient la déranger et qui est le génie artistique, car il n’est pas question de se rapporter à une inspiration venue d’ailleurs, certains scientifiques ou certains philosophes s’illusionnent tellement sur leur compte qu’ils se croient eux aussi capables de jouer de la lyre ! Prenons l’exemple de Voltaire… Il ne comprend pas les tourments de Rousseau et il avance que l’auteur d’Emile est responsable de sa propre misère, parce qu’il a voulu se revêtir du manteau de Diogène, c’est-à-dire prendre le rôle du censeur et du misanthrope ! Mais le jugement de Voltaire ne se serait-il pas assombri, son comportement n’aurait-il pas lui aussi connu l’inquiétude et l’irritabilité si on avait réussi à faire prendre conscience au célèbre philosophe qu’il était tout sauf un tragédien, que ses pièces qu’il jouait avec tant de bonheur et qui occupaient tant ses journées allaient faire dire à Baudelaire que leur auteur était l’exemple même de l’antipoète ?
Et plus près de nous, Jean-Pierre Luminet, qui est le spécialiste français du trou noir et que je vous invite à lire pour mieux comprendre le cosmos, essaye lui-même d’enfourcher Pégase pour finir un de ses livres (L’Univers chiffonné), ce qui donne un résultat tout de même désastreux ! Afin que dans la recherche de la vérité aucun élément ne soit méprisé, je demande que l’on se rappelle que la poésie n’est pas le fait de l’esprit scientifique (Lacan n’est pas Bossuet !), mais qu’elle provient au moins d’un cerveau plutôt enclin à l’imagination ; d’autant qu’on voit avec quelle froideur est perçue la découverte savante quand elle vient d’un esprit artistique, comme la théorie des couleurs de Goethe !
Mais revenons à l’évolution proprement dite… et disons un mot sur Teilhard de Chardin. Il naît en 1881, il entre dans l’ordre des jésuites et après sa thèse de doctorat ès sciences, il effectue de nombreux voyages, Egypte, Chine, Inde, Etats-Unis, etc. Il contribue également à la découverte du sinanthrope, l’homme préhistorique chinois, et participe à la Croisière jaune (1931, 32). Brûlant de transmettre sa vision, il use son coeur jusqu’à mourir d’une crise cardiaque, seul, dans un appartement à New York (1955) et ses livres ne seront vraiment publiés qu’après sa disparition ; il ne connut donc que très peu la vanité de l’auteur ! De plus, quand on songe à Teilhard et bien que sa pensée eût un certain succès, on peut parler de Teilhard le mal-aimé ! Il n’était pas plus apprécié du côté des scientifiques, où on doutait de sa valeur, que du côté des religieux, parce qu’il soutenait, lui, la thèse de l’évolution ; car enfin il ne s’agit pas à travers cet article de s’élever contre celle-ci : l’évolution est un fait, comme aimait à le marteler Théodore Monod !
Cependant, si Teilhard ne voulait pas critiquer l’évolution, il tenait à lui donner toute sa dimension, ce qui est aussi notre but et c’est pourquoi nous allons revenir sur l’idée de base du savant. Toutefois, pour terminer cette très courte biographie, on peut dire que Teilhard n’a pas plus convaincu que le Christ, mais comme disait celui-ci : « Le serviteur n’est pas plus grand que le maître, pourquoi alors subirait-il un meilleur sort ? » Enfin, j’espère que ce que j’écris ici donnera envie de découvrir toute l’œuvre de Teilhard…
Pour l’heure, nous nous contenterons d’expliquer le point de départ de l’auteur du Phénomène humain, ce qui va vous paraître aussi simple que vrai ! Dans un premier temps, Teilhard souligne que l’histoire de l’univers correspond à une loi de complexification générale. Les éléments les plus simples apparaissent d’abord, puis en se combinant ils créent des corps plus complexes, ce qui fait que dans la durée on est passé des particules aux planètes, des planètes à la vie, des microbes à l’homme, etc.
La loi de complexification générale conduit à une autre règle : il n’y a pas de phénomène isolé ! Tout ce qui existe peut être décomposé en une construction, en une combinaison d’éléments plus simples (ne sommes-nous pas des poussières d’étoiles !)Ainsi, la conscience, si elle est parfaitement visible chez l’homme, elle doit exister partout dans l’univers, mais sous une forme qui est de plus en plus rudimentaire à mesure qu’on recule dans le temps et donc sur l’échelle de l’évolution !
Ce propos confine à l’évidence, mais pour appuyer ses dires Teilhard, dans Le Phénomène humain, cite John Haldane, l’un des créateurs du néodarwinisme, qui dit ceci : « Nous ne trouvons aucune trace évidente de pensée ni de vie dans ce que nous appelons Matière et par suite nous étudions de préférence ces propriétés là où elles se manifestent avec plus d’évidence. Mais, si les perspectives modernes de la science sont correctes, nous devons nous attendre à les retrouver finalement, au moins sous forme rudimentaire, à travers tout l’univers. »
Et Teilhard rajoute : « Ce que je dis n’est donc pas absurde ! » Oh ! comme je voudrais que la moitié des scientifiques d’aujourd’hui aient la même humilité ! oh !
Cependant, cette théorie, qui est sans doute la plus logique, menace-t-elle l’évolution ? En aucun cas ! mais elle place celle-ci dans un cadre plus grand, elle lui donne plus d’étendue et donc elle lui offre d’autres perspectives et c’est tout ce que je demande ! Je ne veux pas que l’on ferme la porte juste après avoir expliqué l’évolution par le seul jeu des forces mécaniques (hasard, changement d’environnement, sélection naturelle !) Je veux que la porte reste ouverte, non au nom de la pitié ou d’un idéal, mais au nom de l’objectivité, car la vérité scientifique le permet ! Alors, pourquoi ne le fait-on pas ?
En fait, il y a deux camps, celui des matérialistes et celui des spiritualistes. Le premier ne s’attache qu’à la manifestation extérieure des choses et ne jure que par l’expérience et les preuves. Nous connaissons cela. Le second, lui, s’en remet entièrement à ce qu’il ressent dans son introspection ; seul est crédible l’élixir qui coule du plus intime !
Chacun campe sur ses positions et nous assistons à un affrontement récurrent, mais aussi différents que puissent paraître ces points de vue, ils ont quand même un point commun, c’est qu’ils sont incapables chacun de leur côté de produire une vision cohérente de la vie ! L’intelligence, la raison, le courage, bref, le progrès voudrait qu’on se place entre les deux, sur un terrain qui respecterait l’un et l’autre et c’est ce que fait Teilhard.
Un jour, en visite à New York, il désire rencontrer Claudel, car il veut savoir comment le grand poète chrétien s’arrange de voir l’histoire biblique détruite par l’évolution (cette démarche montre encore quelle était la probité de Teilhard !) Mais Claudel est décevant, il affirme que l’on est ce que notre imagination veut bien que nous soyons. Autrement dit, le poète appartient au camp des spiritualistes et ne veut pas entendre parler des matérialistes.
Ce radicalisme est bien entendu plus facile que le chemin délicat suivi par Teilhard, car il permet de ne pas se remettre en question et surtout, comme tous les radicalismes et le matérialisme représente, lui, le radicalisme scientifique, il profite à la satisfaction des appétits, des bas sentiments et donc au mal ! Vous ne me croyez pas ? Vous voulez une preuve ?
Lors de cette fameuse émission de C’est pas sorcier, l’animateur Fred se retrouve un moment assis sur un divan, à côté d’un squelette et en tapant sur la tête de celui-ci, il insiste sur le fait que l’évolution continue après l’homme et que ce dernier n’en est donc pas l’aboutissement. Fort bien ! mais que fait au fond Fred en cette occasion, sinon de rappeler à des êtres qui ne sont pas là, mais auxquels il songe, la nécessité de se montrer plus mesurés, plus humbles ! que fait au fond Fred sinon se venger de ces personnes qui l’ont sans doute méprisé ! Et c’est pourquoi on ne veut plus rien entendre après les forces mécaniques de l’évolution ! Et c’est pourquoi cet animateur, que l’on placerait normalement dans les modèles de la beauté masculine, connaît un vieillissement précoce, ce qui augmente son amertume ; car c’est l’assouvissement de sentiments forts comme celui de la haine qui consume !
Quand je disais que le camp matérialiste seul était incapable de cerner la réalité ! N’ignore-t-il pas l’homme ? Vous n’êtes pas convaincu ? Alors, voici un autre exemple… pris chez Darwin lui-même ! Très longtemps, le savant a été persuadé d’avoir une grandeur d’âme égale à celle de ces saints fameux qui jalonnent l’histoire de l’Eglise et qui ont disparu dans l’éternité sans que leur œuvre fût connue ou récompensée. Comme nous l’avons déjà montré au sujet de la poésie, c’est avec des convictions de ce genre que le matérialisme se conforte et évite bien des sources de troubles !
Cependant, un jour, Darwin reçoit d’un autre savant nommé Wallace une lettre dans laquelle on lui explique ses propres théories ! Il est alors foudroyé sur place, il prend subitement conscience que tout le travail effectué jusqu’alors va peut-être s’avérer inutile et que le mérite de ses découvertes peut aller à un autre ! Toutefois, l’affaire s’arrangera, Wallace et Darwin deviendront amis, mais le second aura eu peur au point d’en devenir malade et d’en être traversé par de violents maux de ventre. Ce sont les conséquences très connues d’une trop forte émotion !
Mais n’aura-t-il pas profité de cette période pour mesurer combien il était loin de la fermeté de ces croyants dont il pensait être le semblable et n’en aura-t-il pas hérité plus d’humilité ? Comme le savant nous apparaît sincère, nous espérons que ce fût bien le cas ! (« Et priez Dieu que tous nous veuillent absoudre… » Villon.)
Cependant, puisque le matérialisme (pour ne pas dire le radicalisme scientifique !) ne se connaît pas et se trompe sur lui-même, ne court-il pas le risque, comme dans le cas de C’est pas sorcier, de vouloir s’imposer pour finalement satisfaire des envies infiniment plus profondes et infiniment moins avouables ? Bien sûr, pour comprendre l’esprit, il y a la psychologie, mais elle est très en deçà de la réalité du coeur humain (il me semble que je commence à vraiment le démontrer au cours de ces chroniques…) et la psychanalyse ne demeure-t-elle pas la meilleure histoire drôle racontée au mal ?
Pour conclure, si la conscience est présente au niveau de l’atome, de la cellule, des organes et finalement de tout le corps, il doit exister une nouvelle façon de regarder l’homme, une façon jamais encore expliquée, à mi-chemin entre les pôles matérialistes et spiritualistes et qui permettrait de guérir nos maladies, puisqu’un nouvel équilibre serait trouvé ! Ce serait les premiers pas d’une science intégrale !
Toujours est-il que dernièrement j’ai eu par deux fois l’occasion de sursauter dans mon fauteuil, en pensant que personne ne se souciait de l’état de mon coeur ! La première, c’était lors de l’émission C’est pas sorcier, alors qu’elle était consacrée à l’évolution ! On nous y parlait bien entendu de Lamarck et de Darwin et on concluait que l’évolution n’était due qu’au hasard et que l’homme n’en était en aucun cas le point culminant. Pan ! Prends ça dans ta figure et n’y reviens pas, hein ! petite larve de croyant !
C’était vraiment le château du matérialisme qui faisait claquer son pont-levis, laissant tous les retardataires à la merci de la nuit et des brigands ! Notons que cette émission est censée faire autorité parmi les adolescents et que ses erreurs sont donc d’autant plus graves ! Enfin, pendant plusieurs jours, j’enrageais chez moi, ça ne passait pas, jusqu’à ce que l’idée d’écrire cet article s’imposât et je vais donc pouvoir y régler mes comptes… et comme ça va être bon ! Tas de blattes !
Mais n’allons pas trop vite et parlons de la seconde émission qui a également tenté de réduire mon espérance de vie ! C’était un programme qui ressemble au précédent, puisque c’était X:enius sur Arte ! On y expliquait l’origine des couleurs dans la nature par la compétition que les fleurs éprouvaient entre elles pour attirer les insectes, le but final étant la pollinisation, la pérennité de l’espèce, bien entendu ! Toi, tu es bleue et tu séduis le bourdon ! C’est pourquoi je vais devenir rouge et l’abeille n’y résistera pas !
Outre qu’on peut se demander si la richesse et l’éclat des minéraux relèvent de la même raison, cette façon de voir laissait entendre plus largement et plus tardivement, comme un poison dont l’effet ne serait pas immédiat, que la beauté était née de l’utilité et qu’elle était forcément assujettie à la loi de cause à effet ! Il n’y a pas à mon sens de plus grande hérésie, dussé-je le répéter jusqu’à mon dernier souffle ! Mais, ici, nous touchons à la crapule scientifique, car il y en a bien une, et il ne faut pas hésiter à fracasser des crânes pour faire le ménage !
D’abord, pour parler de la beauté, le plus habilité n’est pas le scientifique (imaginez Verlaine devant traiter des équations d’Einstein !), mais c’est l’artiste véritable et particulièrement le poète ! C’est lui qui est le plus à même de prendre l’exacte mesure de ce qu’est et représente la beauté ! car c’est lui le meilleur récepteur, c’est lui qui la voit le mieux ! Et en tant que poète je peux affirmer ceci, que la beauté est si dense en chaque point de l’espace qu’elle en est jaillissante et que l’idée de gratuité et de jeu ne peut que venir à la conscience ! Il suffit d’observer des ombres se reflétant dans une eau que le vent ride pour sentir ce que peut être l’infini ! En fait, la beauté est essentiellement esprit (gratuité + jeu), mais nous y reviendrons…
Cependant, cette erreur, qui est de se tourner vers la science pour discuter de la beauté et qui peut paraître anodine, en cache une autre bien plus grave, bien plus sale ! En effet, pour avoir une pensée matérialiste bien sereine et donc pour atténuer l’un des phénomènes qui pourraient la déranger et qui est le génie artistique, car il n’est pas question de se rapporter à une inspiration venue d’ailleurs, certains scientifiques ou certains philosophes s’illusionnent tellement sur leur compte qu’ils se croient eux aussi capables de jouer de la lyre ! Prenons l’exemple de Voltaire… Il ne comprend pas les tourments de Rousseau et il avance que l’auteur d’Emile est responsable de sa propre misère, parce qu’il a voulu se revêtir du manteau de Diogène, c’est-à-dire prendre le rôle du censeur et du misanthrope ! Mais le jugement de Voltaire ne se serait-il pas assombri, son comportement n’aurait-il pas lui aussi connu l’inquiétude et l’irritabilité si on avait réussi à faire prendre conscience au célèbre philosophe qu’il était tout sauf un tragédien, que ses pièces qu’il jouait avec tant de bonheur et qui occupaient tant ses journées allaient faire dire à Baudelaire que leur auteur était l’exemple même de l’antipoète ?
Et plus près de nous, Jean-Pierre Luminet, qui est le spécialiste français du trou noir et que je vous invite à lire pour mieux comprendre le cosmos, essaye lui-même d’enfourcher Pégase pour finir un de ses livres (L’Univers chiffonné), ce qui donne un résultat tout de même désastreux ! Afin que dans la recherche de la vérité aucun élément ne soit méprisé, je demande que l’on se rappelle que la poésie n’est pas le fait de l’esprit scientifique (Lacan n’est pas Bossuet !), mais qu’elle provient au moins d’un cerveau plutôt enclin à l’imagination ; d’autant qu’on voit avec quelle froideur est perçue la découverte savante quand elle vient d’un esprit artistique, comme la théorie des couleurs de Goethe !
Mais revenons à l’évolution proprement dite… et disons un mot sur Teilhard de Chardin. Il naît en 1881, il entre dans l’ordre des jésuites et après sa thèse de doctorat ès sciences, il effectue de nombreux voyages, Egypte, Chine, Inde, Etats-Unis, etc. Il contribue également à la découverte du sinanthrope, l’homme préhistorique chinois, et participe à la Croisière jaune (1931, 32). Brûlant de transmettre sa vision, il use son coeur jusqu’à mourir d’une crise cardiaque, seul, dans un appartement à New York (1955) et ses livres ne seront vraiment publiés qu’après sa disparition ; il ne connut donc que très peu la vanité de l’auteur ! De plus, quand on songe à Teilhard et bien que sa pensée eût un certain succès, on peut parler de Teilhard le mal-aimé ! Il n’était pas plus apprécié du côté des scientifiques, où on doutait de sa valeur, que du côté des religieux, parce qu’il soutenait, lui, la thèse de l’évolution ; car enfin il ne s’agit pas à travers cet article de s’élever contre celle-ci : l’évolution est un fait, comme aimait à le marteler Théodore Monod !
Cependant, si Teilhard ne voulait pas critiquer l’évolution, il tenait à lui donner toute sa dimension, ce qui est aussi notre but et c’est pourquoi nous allons revenir sur l’idée de base du savant. Toutefois, pour terminer cette très courte biographie, on peut dire que Teilhard n’a pas plus convaincu que le Christ, mais comme disait celui-ci : « Le serviteur n’est pas plus grand que le maître, pourquoi alors subirait-il un meilleur sort ? » Enfin, j’espère que ce que j’écris ici donnera envie de découvrir toute l’œuvre de Teilhard…
Pour l’heure, nous nous contenterons d’expliquer le point de départ de l’auteur du Phénomène humain, ce qui va vous paraître aussi simple que vrai ! Dans un premier temps, Teilhard souligne que l’histoire de l’univers correspond à une loi de complexification générale. Les éléments les plus simples apparaissent d’abord, puis en se combinant ils créent des corps plus complexes, ce qui fait que dans la durée on est passé des particules aux planètes, des planètes à la vie, des microbes à l’homme, etc.
La loi de complexification générale conduit à une autre règle : il n’y a pas de phénomène isolé ! Tout ce qui existe peut être décomposé en une construction, en une combinaison d’éléments plus simples (ne sommes-nous pas des poussières d’étoiles !)Ainsi, la conscience, si elle est parfaitement visible chez l’homme, elle doit exister partout dans l’univers, mais sous une forme qui est de plus en plus rudimentaire à mesure qu’on recule dans le temps et donc sur l’échelle de l’évolution !
Ce propos confine à l’évidence, mais pour appuyer ses dires Teilhard, dans Le Phénomène humain, cite John Haldane, l’un des créateurs du néodarwinisme, qui dit ceci : « Nous ne trouvons aucune trace évidente de pensée ni de vie dans ce que nous appelons Matière et par suite nous étudions de préférence ces propriétés là où elles se manifestent avec plus d’évidence. Mais, si les perspectives modernes de la science sont correctes, nous devons nous attendre à les retrouver finalement, au moins sous forme rudimentaire, à travers tout l’univers. »
Et Teilhard rajoute : « Ce que je dis n’est donc pas absurde ! » Oh ! comme je voudrais que la moitié des scientifiques d’aujourd’hui aient la même humilité ! oh !
Cependant, cette théorie, qui est sans doute la plus logique, menace-t-elle l’évolution ? En aucun cas ! mais elle place celle-ci dans un cadre plus grand, elle lui donne plus d’étendue et donc elle lui offre d’autres perspectives et c’est tout ce que je demande ! Je ne veux pas que l’on ferme la porte juste après avoir expliqué l’évolution par le seul jeu des forces mécaniques (hasard, changement d’environnement, sélection naturelle !) Je veux que la porte reste ouverte, non au nom de la pitié ou d’un idéal, mais au nom de l’objectivité, car la vérité scientifique le permet ! Alors, pourquoi ne le fait-on pas ?
En fait, il y a deux camps, celui des matérialistes et celui des spiritualistes. Le premier ne s’attache qu’à la manifestation extérieure des choses et ne jure que par l’expérience et les preuves. Nous connaissons cela. Le second, lui, s’en remet entièrement à ce qu’il ressent dans son introspection ; seul est crédible l’élixir qui coule du plus intime !
Chacun campe sur ses positions et nous assistons à un affrontement récurrent, mais aussi différents que puissent paraître ces points de vue, ils ont quand même un point commun, c’est qu’ils sont incapables chacun de leur côté de produire une vision cohérente de la vie ! L’intelligence, la raison, le courage, bref, le progrès voudrait qu’on se place entre les deux, sur un terrain qui respecterait l’un et l’autre et c’est ce que fait Teilhard.
Un jour, en visite à New York, il désire rencontrer Claudel, car il veut savoir comment le grand poète chrétien s’arrange de voir l’histoire biblique détruite par l’évolution (cette démarche montre encore quelle était la probité de Teilhard !) Mais Claudel est décevant, il affirme que l’on est ce que notre imagination veut bien que nous soyons. Autrement dit, le poète appartient au camp des spiritualistes et ne veut pas entendre parler des matérialistes.
Ce radicalisme est bien entendu plus facile que le chemin délicat suivi par Teilhard, car il permet de ne pas se remettre en question et surtout, comme tous les radicalismes et le matérialisme représente, lui, le radicalisme scientifique, il profite à la satisfaction des appétits, des bas sentiments et donc au mal ! Vous ne me croyez pas ? Vous voulez une preuve ?
Lors de cette fameuse émission de C’est pas sorcier, l’animateur Fred se retrouve un moment assis sur un divan, à côté d’un squelette et en tapant sur la tête de celui-ci, il insiste sur le fait que l’évolution continue après l’homme et que ce dernier n’en est donc pas l’aboutissement. Fort bien ! mais que fait au fond Fred en cette occasion, sinon de rappeler à des êtres qui ne sont pas là, mais auxquels il songe, la nécessité de se montrer plus mesurés, plus humbles ! que fait au fond Fred sinon se venger de ces personnes qui l’ont sans doute méprisé ! Et c’est pourquoi on ne veut plus rien entendre après les forces mécaniques de l’évolution ! Et c’est pourquoi cet animateur, que l’on placerait normalement dans les modèles de la beauté masculine, connaît un vieillissement précoce, ce qui augmente son amertume ; car c’est l’assouvissement de sentiments forts comme celui de la haine qui consume !
Quand je disais que le camp matérialiste seul était incapable de cerner la réalité ! N’ignore-t-il pas l’homme ? Vous n’êtes pas convaincu ? Alors, voici un autre exemple… pris chez Darwin lui-même ! Très longtemps, le savant a été persuadé d’avoir une grandeur d’âme égale à celle de ces saints fameux qui jalonnent l’histoire de l’Eglise et qui ont disparu dans l’éternité sans que leur œuvre fût connue ou récompensée. Comme nous l’avons déjà montré au sujet de la poésie, c’est avec des convictions de ce genre que le matérialisme se conforte et évite bien des sources de troubles !
Cependant, un jour, Darwin reçoit d’un autre savant nommé Wallace une lettre dans laquelle on lui explique ses propres théories ! Il est alors foudroyé sur place, il prend subitement conscience que tout le travail effectué jusqu’alors va peut-être s’avérer inutile et que le mérite de ses découvertes peut aller à un autre ! Toutefois, l’affaire s’arrangera, Wallace et Darwin deviendront amis, mais le second aura eu peur au point d’en devenir malade et d’en être traversé par de violents maux de ventre. Ce sont les conséquences très connues d’une trop forte émotion !
Mais n’aura-t-il pas profité de cette période pour mesurer combien il était loin de la fermeté de ces croyants dont il pensait être le semblable et n’en aura-t-il pas hérité plus d’humilité ? Comme le savant nous apparaît sincère, nous espérons que ce fût bien le cas ! (« Et priez Dieu que tous nous veuillent absoudre… » Villon.)
Cependant, puisque le matérialisme (pour ne pas dire le radicalisme scientifique !) ne se connaît pas et se trompe sur lui-même, ne court-il pas le risque, comme dans le cas de C’est pas sorcier, de vouloir s’imposer pour finalement satisfaire des envies infiniment plus profondes et infiniment moins avouables ? Bien sûr, pour comprendre l’esprit, il y a la psychologie, mais elle est très en deçà de la réalité du coeur humain (il me semble que je commence à vraiment le démontrer au cours de ces chroniques…) et la psychanalyse ne demeure-t-elle pas la meilleure histoire drôle racontée au mal ?
Pour conclure, si la conscience est présente au niveau de l’atome, de la cellule, des organes et finalement de tout le corps, il doit exister une nouvelle façon de regarder l’homme, une façon jamais encore expliquée, à mi-chemin entre les pôles matérialistes et spiritualistes et qui permettrait de guérir nos maladies, puisqu’un nouvel équilibre serait trouvé ! Ce serait les premiers pas d’une science intégrale !
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