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Cartonnerie (Livre du mois)
Pour un monde plus beau. »
L'histoire du mois
Cogne sans émoi ! »
Le point de vue du mois
Mais c’est l’avenir certes ! »
LA MAFIA LITTERAIRE
Après la rencontre secrète entre Ferruci (de chez Grassouillet) et Ramontello (de chez Y-en-a-marre), pour savoir qui aurait le Goncourt et le Médicis, Ramontello accepta de recevoir Giesbertini dit « le frimeur », dans son entrepôt de Saint-Germain. Giesbertini n’était pas vraiment de la famille de Ramontello, mais il était une de ces petites frappes du PAF qui organisent des débats, en essayant d’orienter les idées. Bref, Giesbertini était capable de renvoyer l’ascenseur, il pouvait aider Ramontello à écouler sa marchandise et ce dernier le savait bien. C’est pourquoi il accepta de publier encore une fois Giesbertini, au grand dam de son fidèle lieutenant Caserte, un tueur sans pitié, qui trouvait le Frimeur arrogant et qui lui aurait bien fait son affaire ! Enfin, le livre de ce mois-ci fut bientôt à tous les points de vente de Ramontello et la pègre semblait avoir remporté une nouvelle victoire sur la police et les hommes de bonne volonté !

« Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver
Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille. » (Baudelaire).
Car enfin c’est trop facile de jouer les bateleurs, de flatter son orgueil en se montrant partout, en donnant sur tout et sur tous son avis (quand d’autres n’ont jamais droit à la parole !) et dans le même temps de présenter à l’occasion un livre, où on se dit sincère, où on dénonce même le mensonge dans lequel on vit ; surtout quand on ne pense même pas une seconde à changer cette formule ! D’un côté, on persévère pour devenir une idole et de l’autre on veut à tout prix apparaître comme un coeur pur, victime de la fourberie des hommes ! On comprendra que dans ces conditions il n’est pas possible de croire l’auteur, bien qu’il ait l’air de s’amender…
Par exemple, Giesbertini nous dit au premier chapitre de son livre : « J’ai fini là où se recyclent tous les ratés : à la télévision. » On me dira que c’est son héros qui parle comme ça, mais on sent bien que c’est tout de même la pensée de l’auteur, que c’est une de ses façons pour marquer qu’il se détache de son personnage médiatique, pour qu’on soit bien assuré que dans l’ouvrage il sera bien lui-même et que ce qu’il va raconter aura de la valeur ; comme Beigbeder qui nous décrit le passé glorieux et pur de sa famille, avant de commencer son histoire. C’est leur manière à eux de se refaire une virginité, sans laquelle leurs livres paraîtraient encore comme une fanfaronnade de plus !
Mais si Giesbertini est bien convaincu que la télévision est le dernier refuge des médiocres, pourquoi y reste-t-il ? Pourquoi l’y voit-on encore, toujours aussi fier d’animer des discussions qui de toute façon n’ont que très peu d’intérêt (et ce n’est pas un défaut propre à Giesbertini, voyez les sujets de Calvi : « La déliquescence de la société » ! On a envie de dire à ces soi-disant journalistes ce que parfois on voudrait faire comprendre à Proust, savoir : « Allez, hop, tout le monde dehors ! Allez respirer un peu l’air de la campagne ! Un peu d’exercices vous fera dire moins de bêtises ! » Trop de ville, comme trop de solitude, nuit à l’intelligence !) ?
Comment peut-on avoir aussi peu de respect pour soi-même, quand on persiste dans une fonction que l’on juge celle des ratés ? « Il faut bien vivre ! », pourrait-on me répliquer… D’accord, mais à quel prix ? Au fond, Giesbertini ne croit pas vraiment en ses propos et ce qui continue à l’attirer, c’est de demander au miroir : « Ne suis-je pas le plus beau ? le plus intelligent, le plus brillant, le plus sensible ? » Aussi, nous non plus, nous n’arrivons pas à le prendre au sérieux et pourtant il nous explique, toujours au premier chapitre : « Je n’ai pour dessein que de raconter la vie et la mort d’un très grand amour… J’ai décidé de tout dire, sachez que je l’ai fait sans haine, etc. » On trouve en plus des mots comme vérité, cancer, tombeau, soir de ma vie, amour, détachement… disséminés çà et là et qui sont destinés à nous mettre dans l’ambiance d’un homme qui a rendu les armes, qui est maintenant dépourvu d’ambitions, qui a tout vu, qui a fait le tour des choses et qui n’a plus que l’envie, que dis-je : le besoin, de laisser s’écouler cette histoire comme un ultime hommage à l’être aimé et à l’existence. On pense à du Chateaubriand encore plus douteux, le génie en moins !
Il est donc impossible d’accorder crédit au fond du livre et je vous propose d’examiner le style en toute liberté, sans éprouver une once de complaisance pour Giesbertini ! Commençons par les premières lignes : « Je suis déjà mort plusieurs fois. Ma vie ressemble à toutes les vies et, comme tout le monde, je l’ai passée à mourir. Le jour de ma naissance. A l’enterrement de mon père. Le soir où ma maman a rendu l’âme. Lors de mon premier divorce. L’après-midi où j’ai rencontré Isabella. »
Bien que je comprenne que l’on puisse éprouver en quelque sorte la mort, au moment du décès d’un proche, je ne saisis pas pourquoi on meurt parce qu’on naît ou qu’on rencontre quelqu’un… Mais c’est de l’emphase n’est-ce pas ? Il s’agit surtout de charger le camion… L’histoire de Job dans la Bible me paraît infiniment plus crédible : « Dieu dit au Malin : « Mon serviteur Job ne se montre-t-il pas fidèle ? », mais le Malin répondit : « Tu as certes tué ses fils et ses filles, mais tu ne l’as pas mis à l’épreuve en le frappant dans sa chair… Fais-le et tu verras qu’il te reniera ! » et Dieu fit que Job souffrît d’un ulcère, de sorte qu’il s’assit dans la cendre, en se grattant avec un tesson… »
Giesbertini, lui, il meurt quand les autres disparaissent et c’est bien triste, mais voyons la suite : « La vérité m’oblige à dire qu’Isabella m’a redonné vie, dans un premier temps. Elle m’a même rassasié de bonheur, jusqu’à ce qu’elle me tue sans préambule, un dimanche de printemps, pour ne laisser de moi que le type qui va maintenant remuer ses souvenirs devant vous avant de retourner dans son cercueil. »
Ouah ! On dirait un épisode de Buffy ! Alors le type était mort… il rencontre Isabella… mais elle, elle le tue… un dimanche de printemps… quand la nature ressuscite… En fait, le type regrette qu’on lui ait redonné vie… si c’était pour le tuer à nouveau… il était mieux mort… car il est mort à sa naissance… J’avoue, cher lecteur, que je me sens subitement fatigué, un coup de déprime sans doute… enfin jetons un œil plus loin : « J’avais trouvé ce travail (à la télévision) après avoir quitté la direction de la rédaction d’un grand quotidien pour mésentente prolongée avec mon nouveau patron, un affairiste qui se prenait pour un homme de presse. Comme il était malin, il avait tout compris, sauf que les journaux ont la maladie dès lors qu’ils sont couchés devant les pouvoirs politique, économique… Je ne lui en ai pas voulu. D’abord, il était très sympathique. Ensuite, ayant occupé ce poste pendant douze ans, j’avais besoin de repos. Je pensais aussi me consacrer à « mon œuvre », pour parler comme un de mes collègues que la vanité n’a toujours pas étouffé, au point que je me demande si, finalement, elle ne lui donne pas des ailes. »
J’ai tenu à retranscrire tout ce passage pour que vous compreniez bien comment cette lecture peut donner l’impression de nettoyer avec la langue des WC ! Observez la pratique de l’auteur : il précise qu’il travaillait… à la rédaction d’un grand quotidien, non, qu’il en était le rédacteur en chef ! Il quitte ce poste… par vertu ! Il tient à prendre ses distances avec un patron qui représente tout ce qu’il abhorre, c’est-à-dire le monde de l’argent, du pouvoir, de la corruption : Giesbertini le chevalier blanc !
Mais l’auteur rajoute que ce patron était quand même sympathique… Eh oui ! car chacun, au fil de la lecture, va se reconnaître… et il ne s’agit pas de se fâcher complètement avec un tel ou un tel ! Mais une autre raison est donnée par Giesbertini à son départ : il occupait un poste si important depuis douze ans ! Bravo ! quel talent ! quelle responsabilité ! Il pense alors se consacrer à son œuvre…, mais il n’a pas la vanité d’un collègue sur ce sujet… De nouveau le chevalier blanc ! Mais un chevalier qui pense tout de même avoir quelque chose à dire, pour laisser une marque dans l’histoire !
Quel aveuglement ! Comme si on pouvait travailler douze ans dans un journal et posséder en même temps une once de génie, qui vous ferait de toute façon quasiment asocial ! Mais voilà de quelle illusion se bercent ceux qui mènent une vie foncièrement putassière et c’est d’ailleurs cela qui fait qu’ils ne se prennent pas subitement en horreur ! Et puis, pour un homme qui se dit mort, c’est se flatter beaucoup et la vérité c’est plutôt qu’il ne doit y en avoir que très peu pour être aussi attachés à leur personne que Giesbertini ; ce dont on se doutait depuis le début, n’est-ce pas ? C’est toujours ceux qui mettent leur humilité en avant qui sont les plus voraces !
Il est inutile de poursuivre cet examen, car la suite du livre est du même acabit : c’est bien dégueulasse, mais maintenant l’auteur croit avoir fait acte de courage et que ceux qu’il a montrés du doigt veulent lui « faire la peau » ! « Je suis l’homme à abattre ! » clame-t-il et d’ailleurs l’épigraphe de son ouvrage est une phrase de Julien Green : « La vérité est un scandale. Toute vérité. La preuve, on l’a clouée sur la croix. »
Mais Giesbertini menace-t-il vraiment la mafia littéraire, c’est-à-dire ses employeurs ? Non, bien sûr que non, Giesbertini est le seul à ne pas savoir qu’il n’a plus de fion tellement celui-ci a été défoncé ! Tout cela est navrant et je voudrais lancer ce message : « Toi qui écris ou qui rêves ou qui tiens à la vérité, sois heureux avec toi-même et là où tu es ! Ne cherche pas à te faire éditer, ni à te faire connaître ! N’essaie pas de rejoindre ce monde qui paraît plein de lumières et qui semble pouvoir te faire justice ! Il est surtout puant à souhait ! Travaille plutôt pour des gens qui viendront, qui auront soif… Sois en paix même dans l’anonymat ! »
Pour nous consoler toutefois, laissons encore aller la chanson satirique commencée le mois précédent :
Où est passée la grippe A ?
L’Egypte libère ses femmes !
La pire caricature de l’Islam, le 11 septembre !
Tout ce qui marche est racoleur !
Dati mérite 3000 coups de pied au cul !
Haro sur le docteur Murray !
La force du matérialisme, c’est qu’il ne se connaît pas !
La Cour des comptes, la seule chose utile !
La police se GAV !
La personnalité la plus détestée, Dieu !
10 Cameron ne valent pas un Rohmer !
L’alcool rend fou !
Cameron cuit des œufs sur un moteur de Rolls Royce !
Laïcité n’est pas lutte contre Dieu !
L’hypocrisie adore les signes religieux !
Les Godzilla de la psychanalyse !