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Samedi, 01 Mai 2010 11:09

LA LIONNE EGAREE

    Ce mois-ci, j’ai décidé d’entrer dans la cage ; j’ai décidé de rendre visite à la lionne, Elisabeth Badinter ; histoire de l’agacer un peu, non que je sois, ne serait-ce que d’un poil, contre la complète émancipation des femmes, elles sont bien assez asservis comme ça (et puis peut-être qu’on les entendra moins après…, mais ça, c’est la vieille rivalité qui ressort et qui naturelle ne mourra jamais…), mais au fond je ne crois pas à la sincérité de Mme Badinter, sa lutte n’est qu’un levier pour qu’elle-même apparaisse comme une grande intellectuelle ! Quelle revanche, elle tiendrait là ! Bref, la finalité de Mme Badinter, c’est Mme Badinter ! Et ce n’est pas la justice éternelle en ce qui concerne les femmes ! Et ce n’est pas le sens de la vie pour toutes celles qui cherchent et qui souffrent !
    Mme Badinter, c’est comme le roi Soleil sans la perspective de Mme de Maintenon, c’est de la tyrannie dépensière, c’est de l’amour de soi en veux-tu en voilà ! C’est toute la chevelure qui rayonne et les yeux qui brillent quand on lui pose une question ! C’est un contentement ineffable d’être sollicitée comme une pythie !
    Enfin, j’entre dans la cage et malgré l’odeur j’avance. En face, on grimace, on montre les crocs et on gronde ; deux yeux bleus d’acier me fixent subitement, mais il faut quand même que j’ouvre le livre… Allez !
 
 
 
    La première chose qui apparaît quand on survole les premières pages, c’est que nous avons affaire à quelqu’un qui croit qu’il y a un complot contre les femmes ! Les hommes sont d’intelligence, se concertent, manoeuvrent pour anéantir leur proie commune : la femme ! C’est bien entendu une vision absurde, les hommes n’ont aucune stratégie d’ensemble, quel que soit leur pouvoir, et d’ailleurs, personne, absolument personne ne peut décider des mouvements de l’humanité, ni du destin des autres. Il y a certes des lobbies, mais nul n’est capable de composer le futur et la crise financière en est le meilleur exemple ! Et ce, ne serait-ce que parce que plus les hommes ont de pouvoir et plus leur égoïsme est fort et c’est d’abord leur intérêt personnel qui prime, au détriment de celui des concurrents. « Deux coqs ne s’entraident pas pour gratter la terre ! », dit un proverbe africain et il n’y a donc pas de politique convergente de la part d’un pouvoir situé on ne sait où ! 
    C’est une surprise, mais, pour nous, la vision de Mme Badinter est celle d’une personne véritablement paranoïaque. Si l’auteur croit vraiment ce qu’elle dit, à l’existence d’un complot dirigé contre son sexe, elle est alors effectivement malade… et ceci n’est pas une plaisanterie. L’un des traits essentiels du paranoïaque, c’est de se donner une importance exagérée ! De cette manière, il croit que le reste du monde agit en fonction de lui et bien souvent contre lui ! Ici, Mme Badinter ne se met pas en scène directement, mais c’est toute la population féminine qui joue son rôle, qui la représente et tout ce que subit cette population est imaginée par Mme Badinter par rapport à elle-même.
    Nul doute que si l’auteur n’avait parlé qu’en son nom, elle serait aujourd’hui internée ! Disons que sa paranoïa est acceptable parce qu’elle est transformée en théorie au sujet des femmes, mais ce qui est dit n’en est pas moins morbide ! Et dire que cette femme a été sollicitée pour un débat au Sénat sur le port de la burka ! Car dès l’avant-propos du livre nous sommes comme renvoyés en pleine guerre froide, sous le régime soviétique ; à cette époque où chacun se méfiait de tous, où croyant tromper on était trompé, etc. !
    Ici, on conspire contre la femme, on espère l’avoir à sa merci, mais un obstacle imprévu se présente (une première crise économique…), ce qui fait qu’elle s’échappe : damned ! Mais ce n’est que partie remise, la chasse reprend et on finira bien par l’avoir ! C’est le récit d’un cerveau malade et finalement ce constat rejoint notre première intuition : Mme Badinter a pour elle-même un amour disproportionné, mais nous ne savions pas à quel point ! La vierge Mme Badinter est poursuivie par le satyre répugnant et nous espérons de tout coeur qu’elle n’en sera pas la victime, mais pas au prix qu’elle en devienne cet être évanescent, cette étoile qui brille au firmament, cette déesse qui hante assurément ses phantasmes. A mon avis, son mari, l’Abolitionniste, dont nous saluons pour l’occasion le courageux combat, aurait dû déjà intervenir… pour éviter des débordements, mais au fond ce ne sont pas nos oignons ! En tout cas, on comprendra maintenant le titre : la lionne égarée, car il y a bien folie !
    Ce qui m’étonne le plus, c’est qu’un éditeur, en l’occurrence Brimborion, ne se rende pas compte qu’il fait paraître les idées d’une personne malade… et je suppose aussi que tous les critiques ou journalistes qui parlent du livre sont dans le même cas. J’avoue que je ne comprends pas ! A Paris, apparemment, tout le monde est fou ! ce qui ne surprendrait pas le provincial, vieille rivalité oblige ! 
    On dit encore que pour réussir il faut mettre du sien et elle est peut-être là l’explication ; on ne veut sans doute pas froisser ou inquiéter… et plus loin chacun se ménage, car chacun y retrouve son compte ! C’est un débat important : jouer le nouvel Alceste, le nouveau misanthrope entraîne à une marginalisation de plus en plus dure. Arriver à cinquante ans, en étant toujours au RSA, avec une perspective de plus en plus nulle de se faire comprendre, est probablement une horreur à vivre ! Les biographies de Baudelaire, Van Gogh ou Rimbaud peuvent paraître héroïques parce qu’elles sont pour nous environnées de gloire, mais vivre ce qu’ils ont vécu, c’est-à-dire éprouver réellement leurs affres, n’est en aucune façon souhaitable ! Ne connaître que le désert, pendant que des gens qui vous n’arrivent pas à cheville débouchent le champagne ; et surtout étouffer avec le temps tout espoir de justice n’a rien de réjouissant, même avec la foi !
    C’est pourquoi il faut peut-être dire à Begbeider que son dernier livre est percutant (alors qu’il est infâme !) ; dire à Nothomb qu’elle est profonde (alors que sa plume est plus fade qu’un oeuf !) ; dire à D’Ormesson qu’il est pertinent (alors que son cerveau est low cost !) ; et enfin dire à Mme Badinter que c’est intéressant (alors qu’une thérapie serait la bienvenue !)
    Il faut peut-être intégrer une coterie puis une autre et encore une autre, jusqu’à ce qu’on devienne comme les précédents ; car encore une fois, quand vous envoyez un manuscrit chez un éditeur, la plupart du temps, vous recevez une réponse du genre : « Le comité de lecture n’a pas vu dans votre travail ce qui correspondait à sa politique… Nous sommes donc au regret… » ou bien : « Après un examen scrupuleux, nous ne pouvons donner suite à, etc. » Mais, comme je le montre chaque mois, il ne peut pas y avoir de comité de lecture, ce n’est pas possible ! Pas plus qu’il ne peut y avoir d’examen scrupuleux ! Reprenez la critique du livre de Goetz, le premier paragraphe est incompréhensible ! Revoyez celle du dernier prix Goncourt, la phrase où l’auteur se souvient de l’ancienne harmonie du corps de l’homme qu’elle décrit (celui qui tombe des arbres, deuxième page !) est également dépourvue de sens ! Il ne s’agit même pas de discuter de l’histoire, des idées, il s’agit juste de juger si ça veut au moins dire quelque chose, si c’est en français ou non !
   Pour se faire éditer et se faire connaître, il semble donc indispensable (à quelques exceptions près sans doute…) de plaire avant tout et de plaire à machin et à bidule ; d’être admis par les uns et par les autres ; ce qui est justement contraire à l’originalité et à l’esprit créateur ! Le problème semble donc insoluble !
    Mais le pire est ailleurs ! Le pire, c’est que c’est le même type de personnes qui, une fois que tel écrivain est unanimement reconnu, qui le déifie, qui se met en adoration ! ce qui est aussi malvenu que de se montrer indifférent ou hostile quand le véritable talent cherche à s’exprimer et est encore vivant ! Cela me fait penser à ce que disait le Christ au peuple juif au sujet des prophètes : tant que ceux-ci sont en vie, ils sont détestés à cause de leur parole qui dérange ; mais plus la nouvelle génération honore leur mémoire, après qu’ils ont disparu donc, et plus elle ne fait que mettre en lumière les actes, les crimes de ses pères, de ceux qui lui ont donné naissance, qui l’ont formée ! C’est-à-dire en fin de compte que plus on se montre idolâtre pour un artiste mort ou gâteux, ce qui revient quasiment au même, et plus on laisse entendre combien on a de haine pour le véritable créateur qui serait là, à côté, toujours vivant !
    Mais je me rends compte que je gémis et pourquoi donc ? (« Comme je deviens vieille fille, à manquer de courage d’aimer la mort ! », Rimb.) L’existence n’est-elle pas un combat ? Toutes les plantes et tous les animaux ne luttent-ils pas pour voir le jour du lendemain ? Allez… Il faut seulement que je reprenne mon épée…, que je me relève, pour tailler en pièces tous ces cuistres, tous ces menteurs et profiteurs ! Il faut que je les tranche en deux afin qu’ils n’y reviennent pas ! Mal ! je me gorgerai de ton sang !
    Mais ils sont tellement nombreux… Voici Brimborion, Y-en-a-marre, Grassouillet, Pituite, la Mère Michèle ; et puis combien il y a d’écrivains en France ? Cinq, six millions ! Peut-être plus ! Imaginez cette cohorte interminable tombant, être après être, dans le brasier éternel, dans la lave serpentant dans les galeries de l’enfer ! « N’en finira-t-elle jamais cette goule reine de milliers d’hommes et qui seront jugés ? », encore Rimbaud.
    Je vais quand même vous donner un passage de l’avant-propos du livre de Mme Badinter, même si cela me demande un gros effort, car ça fait inévitablement mal au cerveau ! Ce qui est prétendument étudier dans le livre, à savoir un conflit entre le statut de mère et celui de la femme n’a aucun intérêt, puisque la base du raisonnement est pathologique !
    Mais lisez tout de même ceci : « A la fin des années soixante-dix… une diversité de modes de vie s’ouvre aux femmes, inconnue de leur mère. Elles peuvent donner priorité à leurs ambitions personnelles, jouir de leur célibat et d’une vie de couple sans enfant ou bien satisfaire leur désir de maternité, avec ou sans activité professionnelle (Si vous pensez que Mme Badinter a oublié un cas, par exemple : une mère veuve, sans ambitions, mais avec un emploi à mi-temps…, rajoutez vous-même une case et contactez-nous…) Au demeurant, cette nouvelle liberté s’est révélée source d’une forme de contradiction (Caramba ! encore raté ! Pourtant, on croyait y être ! « C’était pas la bonne liberté ! j’l’ai dit aux gars de la réserve ! Mais moi, on m’écoute jamais ! »). D’une part, elle a sensiblement modifié le statut de la maternité en impliquant des devoirs accrus à l’égard de l’enfant (« Dis, maman, pourquoi m’as-tu appelé Devoirs accrus ? », « Pour pas que je t’aime trop, gros bêta ! ») que l’on choisit de faire naître (Autrement dit, si on oblige à donner naissance, c’est pas bien ! et si on laisse libre, c’est pas bien non plus ! Quand je vous dis que c’est paranoïaque : la maman libre de choisir et qui fait naître se sent tout de même sous la pression, sous le jugement des autres… Que craint-elle ? Mais qu’on lui reproche de mal faire, alors qu’elle a voulu l’enfant ! A ce compte-là il n’y a pas de solution… et on voit bien que le problème est dans la mère, pourquoi est-elle si sensible au regard d’autrui et de la société, si ce n’est parce qu’elle est malade, parce qu’elle se sent surveillée, parce qu’elle se donne une importance exagérée ?) »
    Si on a la liberté, si on n’est pas contraint, si on fait un choix, mais peu importe alors ce qu’on pense autour ! On assume, c’est ça le caractère et on est heureux de le sentir aussi vivant, aussi ferme ! Comment une liberté supplémentaire peut-elle être négative, à moins que la personne qui devrait en jouir en soit incapable, comme Mme Badinter, qui se croit observée instamment par les hommes et qui s’imagine même qu’ils enragent à la voir si clairvoyante et si indocile, si libre en fin de compte ! Tenez, examinez encore cette phrase : « La crise économique renvoya bon nombre de femmes dans leur foyer… On leur proposa une allocation maternelle pour qu’elles restent à la maison… » Savez-vous à quoi ça me fait penser ? A des soldats qu’on démobilise…, comme si un état-major commandait les femmes !
    Consultez madame, consultez, avant qu’il ne soit trop tard, avant que vous ne deveniez comme ce personnage féminin de Toilettes pour femmes, de Marilyn French, qui ne comprend plus pourquoi on cherche à le séduire et qui finit par voir tous les hommes comme des oppresseurs (ainsi qu’on se convaincrait d’être la victime d’une attaque parasitaire !). La haine de cette femme pour elle-même est telle qu’elle s’applique encore à tous les hommes, alors qu’il est bien normal que les deux sexes cherchent à se rencontrer pour faire l’amour et être heureux ensemble !
    Enfin, pour nous consoler et comme il est de coutume dans cette rubrique, laissons aller la chanson :
Israël ou l’art de se rendre haïssable
L’écologie de gauche déçue par la droite
Tout pouvoir religieux doute de Dieu
La tristesse, c’est la colère en poudre
Le meilleur cosmétique, c’est l’Evangile
Le thermalisme tire vers le fond la CPAM
Les riches aiment les pauvres
Ceux qui font du bruit sont suspects
Pour moi, J. L. Etienne, emballons-nous
Sans fleurs, le monde serait sans couleur, inhabitable
On s’ennuie jusqu’à la grève
Notre pays indérangeable
L’argent d’Haïti s’en va
Un avion s’est écrasé à Plan-de-Dieu (Vaucluse)