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Jeudi, 01 Juillet 2010 14:17

L’APPEL QUI FUIT LE FOIN

Une fois n’est pas coutume, je vais ce mois-ci examiner le livre d’un scientifique et non d’un écrivain, puisque a priori l’auteur en question ne se dit pas tel (au contraire du coquillage en forme de chapeau chinois…), et ceci pour deux raisons : la première, c’est que l’art n’est pas comme la science un jardin gardé par la clôture de la preuve, mais qu’il semble plutôt n’appartenir qu’au seul domaine de la subjectivité (les goûts et les couleurs…) et que de ce fait tout un tas de gens, psychologues en tête, viennent saccager ses plates-bandes, écraser ses taillis ou renverser ses arrosoirs, tout en affirmant qu’ils sont les meilleurs amis du jardinier. Il est bon de temps en temps d’attraper par l’oreille un de ces malotrus, de lui faire la leçon et de se montrer un peu plus musclé, si on sent chez lui une insolence radicale !

La seconde raison est légèrement plus compliquée et découle de la première. On sait que les scientifiques et les artistes dignes de ce nom perçoivent le monde d’une manière différente : on peut dire que la science « démonte » ce qui l’entoure, un peu comme un enfant sépare les pièces de son jouet, afin de voir de quoi il est fait. Si l’enfant est attentif et une fois sa curiosité satisfaite, il peut à nouveau remettre en état le jouet, il a compris sa construction, grâce à une chaîne logique qu’il a établie… et ainsi d’autres (d’autres enfants…) pourront vérifier que ce qu’il a vu est vrai !

L’artiste, lui, d’abord sent. Ce qui l’environne lui arrive à travers un état affectif qu’il n’essaie pas forcément d’analyser. Ce qui importe surtout c’est l’impression, c’est l’effet produit par l’idée sur l’esprit ; elle entraîne un plaisir intense, elle enivre, même si la raison n’est jamais loin… La réalité n’est donc pas « décortiquée », comme pour la science, mais la création en prend comme un morceau, ainsi qu’on arrache parfois une pièce de tissu à un vêtement ; ce qui permet tout de même d’avoir une vision d’ensemble de ce dernier. Apparemment, l’art saisit du réel ce qu’il a de plus fugitif (et donc ce qu’il a de plus profond !), un peu comme ce que connaît la science dans le domaine quantique.

Enfin, tout ça pour dire que l’art est une porte naturelle vers la spiritualité, qui, elle, est encore plus difficilement perceptible, quoiqu’elle constitue l’essentiel de nos vies, j’insiste là-dessus. La vérité de ce que nous sommes est biologique (nous mourons), psychologique (notre esprit obéit à des lois), mais elle est surtout spirituelle : si nous faisons le bien ou le mal, si nous sommes de bonne volonté ou de belles canailles, si nous vivons dans la lumière ou dans les ténèbres, cela est seulement l’affaire des yeux de Dieu et de celui, habité par lui, qui a le même regard !

Cependant, si la science se permet de « passer » par le jardin de l’art, sans le respecter, elle peut encore atteindre par là celui de la spiritualité et s’y comporter également sans retenue ; ainsi que j’en avais déjà parlé dans le point de vue du mois précédent, en disant que maints scientifiques sont persuadés qu’un jour ils réussiront à expliquer toutes les activités humaines, ce qui les fera régner en maîtres sur tout le savoir… Ici, dans cette chronique s’établit donc une ligne de résistance et celui que je dois arrêter ce mois-ci est Michel Cassé, avec son livre Energie noire, Matière noire, édité en 2004 chez Odile Mamob.

 

 

Pourquoi Michel Cassé ? D’abord, au dos du livre, nous lisons : « Michel Cassé est astrophysicien au Commissariat à l’énergie atomique et chercheur associé à l’Institut d’astrophysique de Paris (c’est sérieux ça, non ?). Il a publié notamment Petite étoile, Du vide et de la création et Généalogie de la matière ». Petite étoile ! N’est-ce pas charmant ? Si, et d’ailleurs l’éditeur, qui ne respecte pas comme un singe l’alinéa, nous précise toujours au dos : « Michel Cassé nous conte, avec un souffle poétique à nul autre pareil, comment s’éclairent les mystères de la création. » Quoi ? Ai-je bien entendu ? Quelqu’un qui ne respecte pas l’alinéa nous dit que son poulain possède un souffle poétique à nul autre pareil ! Cassé est plus fort que tous les poètes ! C’est un prince ! C’est un gars qui a une oreille, car vous savez comme moi que la bonne littérature est d’abord une musique des mots ! On juge d’un style en s’imprégnant de son rythme, on tend l’oreille bien plus qu’on essaie de comprendre et c’est bien pour cela que l’art est particulier : il faut avoir le don ! Allez expliquer pourquoi une symphonie est mauvaise à celui qui n’a pas une oreille musicale ! Pour l’écriture ou la peinture, c’est pareil : on peut s’y connaître un peu même si on n’a pas le talent, mais malheur à celui qui choque les sens du maître !

Cependant, un mot sur l’illustration de la couverture. On nous informe que c’est une peinture de Sarah Savidge, mais la première réflexion que je me suis faite en la voyant fut : « Mais quelle horreur ! » Alors, c’est une peinture abstraite, ce qui fait qu’on peut y voir à peu près ce qu’on veut, mais les contrastes sont tellement forts qu’on ne peut pas ne pas penser à ces travaux qu’on trouve en hôpital psychiatrique. Il y a des milliers de belles œuvres, non, il faut que Odile Mamob choisisse l’une des plus laides, c’est comme ça ! Il y a des gens qui sont aimantés par la médiocrité !

Encore un mot avant de commencer : je ne vais pas bien entendu discuter du propos du livre, je n’ai pas les compétences pour cela : moi, je ne me prétends pas scientifique ; j’ai d’ailleurs l’esprit trop étendu pour cela, les scientifiques ont tous de petites chaussures, car en science il faut être souvent très rigoureux… et sur de très petites choses. Un condor s’y casserait les ailes !

Mais, voici la première phrase : « Du texte du ciel, nous ne voyons que la ponctuation étoilée et, liant les points, nous faisons des constellations de questions. » Le ciel est un texte ? Non, le ciel est en latex ? Non plus, je lis mal… Mais si, Michel Cassé nous dit que le ciel est un texte… ou plutôt il imagine qu’il en est un. Mais pourquoi ? Pour utiliser des expressions de la littérature… Ah ! on sent l’amoureux de la plume ! On sent le gars qui voudrait entrer dans la Pléiade… dans un groupe d’étoiles en fait, c’est-à-dire dans un autre texte ! Enfin, est-ce que cette comparaison, entre le ciel et une page d’écriture, est heureuse ? On nous parle d’une ponctuation étoilée, mais pourquoi ce qui brille serait-il seulement des points ou des virgules ? Pourquoi ce ne serait pas des lettres ici et là ? Parce que les étoiles ressemblent à des points ? Mais alors ce serait plutôt un de ces dessins dont il faut joindre tous les numéros, afin de voir apparaître sa forme ! Ici, on lie les points et on obtient des constellations de questions ! Mon Dieu, comme c’est lourd : l’auteur aurait été très bon pour poser les rails au début du chemin de fer !

Pour ma part, en tant que poète, si je regarde le ciel la nuit (je parle d’un ciel dégagé, de campagne), j’ai le souffle coupé ! J’ai l’impression qu’on a jeté là-haut de la poudre d’or sur du velours noir ! Je suis tellement frappé par tant de beauté que je ne peux que tirer mon chapeau à celui qui est à l’origine de ce spectacle… et si on me murmure que c’est le hasard, en faisant se percuter des particules, alors je n’hésite pas à dire qu’il faut élever celui-ci au rang de Dieu ! Voilà ce qu’il manque à la science et c’est ce qui fait toute la différence entre elle et l’art, c’est l’enthousiasme (impossible sans humilité) ! Les scientifiques sont plutôt secs de coeur !

En tout cas, Michel Cassé est tout sauf un poète, c’est un prince du mauvais goût ! En matière d’art et en particulier en poésie, vous ne pouvez pas être à moitié ceci ou cela, vous êtes ou vous n’êtes pas un poète, un véritable artiste ; il n’y a pas de demi-mesure ! « Et maintenant je vais vous lire un petit poème… », « Ah ! », « Hum ! La ponctuation étoilée du ciel fait une constellation de questions, mais, moi, je n’ai qu’une obsession, c’est toi, ô ma reine ailée ! », « Hourra ! Bravo ! Vive la mariée ! »

Cependant, Cassé bientôt accélère ! Il nous lance des formules, comme Zeus la foudre ; c’est qu’il en a sous le capot ! D’un point de vue musical, c’est les orgues de Staline ! Tout y passe : la Genèse, le néant, une philosophie de bazar, des aphorismes en veux-tu en voilà ! On se croirait dans une scierie, là où les arbres sont débités : « Eh ! Cassé ! », « Quoi ? », « Y a le patron qui voudrait t’voir ! », « Qu’est-ce que tu dis ? », « Le patron, il veut t’voir ! », « Ah ! »

Je vais vous donner les meilleures fusées, mais j’imagine Michel Cassé, dans la vie de tous les jours, comme un être tourmenté, fou de lui-même et extrêmement fatigant ! Attention, il va pleuvoir des hallebardes ! Sur le plan du style, ça rappelle Hugo dans ses romans (un poète est rarement un bon romancier) : des sentences à chaque ligne, ce qui fait des phrases comme des coups de béliers dans le crâne ! On comprend mieux l’illustration de la couverture, on est en plein cauchemar ! Insomniaques s’abstenir ! C’est du sanguin, du rougeaud ! C’est du Moïse en culotte courte ! Mais écoutez plutôt : « Hélas, une vision de la création du cosmos ne vient pas se poser là, telle une colombe sur le toit du savoir. Le monde est sans ailes, le commencement est sans voix. » Eh bien, nous aussi nous restons sans voix, car qu’est-ce que ça veut dire que le monde est sans ailes : qu’il n’y a pas d’oiseaux ? Mais en voilà encore : « Silence sur l’origine. Mais la question ne s’éteint pas… la foi se mue en logique et la Genèse en cosmologie. » Autrement dit, plus la science avance et plus la foi recule ! Quand je vous disais que la science rêve d’engloutir la spiritualité ! Attention, la moissonneuse-batteuse de la science est en marche, malheur aux mulots croyants ! Mais ce n’est pas fini : « La monture qui porte le coeur vers l’origine s’appelle aujourd’hui cosmologie. » J’ai beau me répéter cette phrase, je ne la comprends pas : « La monture qui porte… le coeur… vers… l’origine… s’appelle aujourd’hui la… cosmologie… », « Avec la pâté Casimir, mon chien… »

Nous continuons : « La création de la matière est un sujet d’étude pour les sciences, si l’on donne à ce mot (création) le sens d’émergence de formes nouvelles et non d’apparition de matière sans cause. » Bien sûr, surtout pas de Dieu ! C’est la fameuse chasse à l’anthropocentrisme : « Mais jusqu’où peut-on pousser l’objectivité, la dépersonnalisation, la lutte contre tout anthropomorphisme ? » Je vais répondre à cette question, jusqu’au barbarisme : « Une ère nouvelle s’augure. » Quelle horreur ! (« Comment tu t’appelles ? », « Jérémie Saugure », « Bien, tu prends ton sac et tu rejoins les autres ! »)

Le mauvais poète apparaît à chaque instant : « Des archipels de matière abritent toute une faune d’astres et de nuages (pourquoi pas une flore ? comment peut-on associer, surtout pour un scientifique, ce qui est animé et ce qui ne l’est pas ?) ; « Les nuages éclatent, bourgeonnent, battent de l’aile », (« Tu l’as touché le nuage ? », « Oui, mais apparemment je l’ai juste blessé… Regarde, il bat de l’aile ! »)

A force de vouloir chevaucher Pégase quand il ne reconnaît pas son cavalier, on risque de se faire éjecter, pour aller frapper avec la tête un rocher. On bat alors la campagne, encore sous le choc : « Les données d’observation indiquent un état de grâce, d’élévation, où l’envol l’emporte sur la chute, une antigravitation ! Univers vole ! Ce livre fait son miel de la force de l’envol ! » Le pauvre Michel Cassé, il est entouré d’oiseaux qui font cui-cui : « La science a trouvé le mouvement perpétuel, c’est elle-même ! » Je me disais aussi, à la place de Dieu il y a toujours un amour de soi !

Soudain, l’auteur prend le ton de l’Evangile (« Maman, maman, j’veux voir ! J’suis trop p’tit ! », « Mais tiens-toi tranquille, bon sang ! ») : « Ne jugez pas (et vous ne serez pas jugé…) le discontinu et le continu comme antinomique ! (à vos souhaits !) », « Ne marmottez pas d’onde et de particule individuellement… » (marmotter signifie dire quelque chose entre ses dents, mais peut-on dire des ondes et des particules ? Non, on parle au sujet de ces choses, c’est donc un nouveau barbarisme et l’auteur qui veut nous faire la leçon sur l’existence !), « Tournez les yeux vers le ciel… Que voyez-vous (style parabole). Des étoiles et du noir ? Admirez le noir ! Chantez-le (je n’invente rien !) Aimez les étoiles… », « La géométrie de l’espace extradimensionnel caché se révélera devant votre face (style biblique) sous forme de nouvelles particules. » Je suis d’accord avec vous, il faudrait appeler une ambulance !

L’introduction se termine par : « Bon ciel ! », comme on dit : « Bonne route, ou bon vent, ou bonne journée, etc. » Allez, Michel, à la tienne ! Il est des nôtres, il a bu comme les autres… Hips !

Devant tant d’horreurs, je me dois aujourd’hui de lancer un appel ; un appel à tous les Français : « Français, Françaises, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre… et j’invite chacun et chacune à combattre l’ennemi qui est déjà parmi nous ! Que l’on prenne les armes restées sous la paille et dès que vous voyez un scientifique et surtout un psy qui se croit un artiste, un écrivain, renvoyez-le vigoureusement à sa spécialité ! Ne laissons pas notre cher pays être envahi par la bêtise ! Certes, l’heure est grave, nous avons perdu des batailles, mais pas la guerre ! L’ennemi sera un jour vaincu, soyez-en persuadés ! Il ne continuera pas éternellement à faire du foin ou son charabia ! Quant à moi, ici, à Brest, je vous aiderai ! Nos alliés aussi nous aideront et donc que la résistance partout s’organise. Français, Françaises, gardez espoir ! »

 

PS :  je me suis quand même intéressé à la matière même du livre, car son domaine, la cosmologie, ne peut que susciter la curiosité des hommes sains d’esprit et ce pour des raisons évidentes… Cependant, nous pouvons lire page 74 : « Enfin, Lemaître vint (rappel d’un vers de Boileau, ce qui montre que Cassé est loin d’être indifférent aux lettres…) et la cosmologie explosive prit son essor définitif… Peu de temps après, en 1929, Hubble, étudiant le mouvement des galaxies, confirma empiriquement la plus extraordinaire prédiction de la théorie de la gravitation selon laquelle l’espace est en perpétuelle dilatation. »

Ce qui est dit ici est loin d’être exact ! D’abord, la théorie de la gravitation d’Einstein ne prédisait aucunement un univers en mouvement ; pour le père de la relativité l’univers était statique ! C’est George Lemaître, dont j’ai déjà parlé sur ce site, qui va prouver d’après des données expérimentales que la seule solution valable aux équations d’Einstein est un univers en expansion, c’est la seule manière d’expliquer les vitesses de récession des galaxies ! Einstein, même placé devant le fait accompli, résistera une dizaine d’années à cette idée et bien qu’il finît par l’accepter, il ne put jamais par contre admettre la vision de l’atome primitif et donc du Big Bang, ce qui est étrange car du moment qu’on reconnaît que quelque chose évolue, connaît une croissance, on doit aussi imaginer la naissance de cette chose et sa fin, deux pôles qui ne peuvent que se réduire à une quasi unité rudimentaire !

D’autre part, deux ans plus tard après Lemaître, Hubble ne vient pas confirmer par ses travaux l’expansion de l’univers. Certes, au moyen de la spectroscopie et en constatant un décalage des raies spectrales des astres vers le rouge, c’est-à-dire vers les plus grandes longueurs d’onde, il montre que les galaxies s’éloignent, mais il croit à un simple effet Doppler, qui voudrait que le décalage vers le rouge fût produit par la vitesse propre des galaxies (de même qu’on entend de moins en moins un véhicule qui s’éloigne). Or, c’est l’espace lui-même qui se dilate entraînant les galaxies et Hubble, tout comme Einstein, n’acceptera le fait qu’avec beaucoup de réticences !

On le voit, à cause de son style alambiqué, Michel Cassé ne peut pas être considéré comme une référence scientifique sûre !