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Samedi, 01 Août 2009 13:52
SUR RIMBAUD DE NOUVEAU
Rimbaud naît le 20 octobre 1854 à Charleville-Mézières, où bientôt sa mère divorcée s’occupera d’une exploitation agricole. C’est un enfant délicat, intelligent et qui réussit très bien en classe, mais, malgré cela, il n’est jamais comme on s’attendrait à ce qu’il fût ! Ses professeurs le voient comme un brillant élève et lui promettent un grand avenir, mais il les surprend en montrant quelquefois un complet irrespect pour le savoir, ce qui est la porte ouverte à la plus violente indiscipline !
Sa mère, avec raison, place en lui de belles espérances : n’est-il pas un enfant sage… et sensible, mais voilà qu’il est découvert bayant aux corneilles sous le soleil, ainsi que le plus incurable des paresseux ! Avec le temps, force est de constater, que ce garçon est imprévisible et qu’en sa compagnie il est impossible de savoir sur quel pied danser ! Pire, parfois, sa nonchalance, qui vient d’un coup d’œil d’aigle, blesse des vanités plus petites, en se moquant sans le vouloir des choses auxquelles elles étaient attachées !
Ainsi, Rimbaud déçoit et on se méfie de lui. Très tôt, il est seul et pour se consoler, ce qu’il préfère c’est de se perdre dans la nature, de s’enfoncer toujours plus loin dans la grande forêt ardennaise, là où s’éteint toute douleur, où l’enfant Rimbaud est convié à des fêtes connues de lui seul !
C’est le murmure argentin d’un ruisseau, ce sont des pierreries dans la mousse, c’est le souffle des cimes ! Au milieu de ces milliers d’enchantements, Rimbaud se sent plus chez lui que quand il est dans la maison familiale. Il écoute, il a le sentiment qu’il assiste à un spectacle qui se déroule spécialement pour lui et en effet, là où d’autres yeux ne verraient rien, lui, il salue le miracle, l’infinie beauté : c’est un connaisseur, c’est dans sa propre nature !
D’ailleurs, quand il est en âge de s’analyser quelque peu, il exprime les choses ainsi : « Il faut être fort, être né poète et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire : Je pense : on devrait dire on me pense […] Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon et Nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait ! »
Rimbaud s’observe et il se reconnaît poète, comme un arbre dirait, en considérant son écorce et ses feuilles, : « Mais je suis un frêne ! »
Or, quasiment à la même époque, Freud invente la psychanalyse et déclare : « L’art est produit par la sublimation, par la déviation de la pulsion sexuelle vers un objet plus en accord avec le degré de socialisation, toute société comportant des interdits et constituant une source de refoulements… »
Ce résultat, nous le voyons, est absolument contraire à l’expérience et certes l’énergie sexuelle, par la sublimation, peut servir à l’activité artistique, mais en aucun cas elle ne saurait en être à l’origine. Par ailleurs, on ne voit pas du tout quelle socialisation a pu conduire aux œuvres d’art des groupements les plus primitifs, je pense par exemple aux peintures pariétales !
Il serait grand temps que la science ait le courage de nettoyer ses cabanes de jardin et que la psychanalyse, qui présente tout de même des aspects intéressants, soit définitivement rangée avec l’étiquette de métaphysique ! Mais, au fond, cette vision de l’art, qui le montre comme une branche maladive de l’humanité, est-ce qu’elle n’arrangerait pas les scientifiques, ce qui ferait qu’il laisserait ce secteur de la science tel quel ? Car n’oublions pas que, comme le dit Baudelaire, le scientifique et le poète sont deux ambitieux qui se haïssent d’une haine instinctive !
Cela vous étonne ? Mais quelle n’est pas la surprise du poète quand on lui dit que la beauté qu’il contemple et qu’il décrit, il l’invente, notamment parce qu’il ne va pas voir les filles ! Mais quelle n’est pas encore la surprise du scientifique quand on lui dit qu’il ne comprend pas les correspondances de la nature et que devant ce qui fait vraiment l’homme il est comme Mickey accueillant les premiers visiteurs du parc ! Les deux camps ont de quoi s’étriper !
Mais pour en revenir à l’expérience de Rimbaud et en s’attachant justement à ce qu’il en pense lui-même, nous dirons que l’esprit souffle où il veut et que c’est encore là la meilleure explication du génie ! même si aujourd’hui certains voudraient l’associer à l’autisme et à une altération du cerveau ! Tout de même, on pourrait au bout du compte penser que quelques scientifiques feront tout, mais absolument tout pour ne pas trouver la solution ! Ne vous méprenez pas, il y a beaucoup de haine contre l’humanité là-dedans ! L’objectivité n’efface pas les blessures… et rendez-vous à OK Corral !
Nous, nous dirons encore que l’esprit souffle d’autant où il veut qu’il se révèle dans des cœurs simples, a priori aux antipodes de l’accueillir ! Imaginez Charleville en hiver sous la pluie… Qu’est-ce que le génie viendrait y faire ? Ne serait-il pas mieux loti à Paris, dans une famille cultivée, chez un enfant préparé au beau ?
Non, non, le génie va aller trouver un nouveau-né dans une étable ou un rêveur maltraité par des parents commerçants ! C’est à désespérer Saliéri, celui qui en est apparemment le plus digne ! Seulement voilà, le génie, comme tout ce qui est dans la nature, cherche les meilleures conditions pour se développer et un moi déjà imbu de lui-même ne ferait que l’étouffer : il devrait s’efforcer de le contourner, pour bien montrer que c’est lui le message, et un orgueil qui fait la roue, ça prend de la place ! Alors qu’il est possible de pousser en plein soleil, parfaitement à l’aise dans la tête d’un simple, je veux dire de quelqu’un qui n’a rien demandé et qui est à mille lieues de toutes les considérations sur la gloire et sur qui est le plus fort !
Ainsi Rimbaud commence à écrire et il débute par des poèmes de forme parfaitement classique, jusqu’au Bateau ivre, dans lequel les images sont tellement fortes qu’à tout moment le vers semble près de craquer ! Puis, viennent les Illuminations, qui sont des textes très inégaux : il y en a qui sont incompréhensibles et qui ont sans doute été rédigés sous l’effet de l’alcool ou de la drogue. Qu’ils soient abscons n’est pas une preuve de goût, ni d’intelligence, mais ce genre-là est le préféré des gloseurs, qui vont pouvoir se mettre en avant grâce au doute produit par le texte…
Les Illuminations éclatent la forme poétique et c’était sans doute nécessaire, mais ce fut aussi la porte ouverte pour que de nos jours la poésie soit synonyme de n’importe quoi ! Un mot au milieu d’une page, des phrases sans contrôle doivent susciter l’admiration et ne font que désespérer les vrais artistes, comme beaucoup de l’art contemporain !
En ce qui me concerne, je ne conçois pas la poésie sans cadence, sans rythme, car c’est tout de même un langage à part et je ne l’imagine donc pas sans vers, ni sans rimes ! D’ailleurs, celui qui lève déjà les bras à cette annonce, je le juge tout de suite inapte à la poésie ou poétaillon ! Au fait, pourquoi s’intéresser au tennis ou au foot ? Pourquoi ne pas agrandir le court, jouer sans filet, ou mettre les buts sur les côtés, ou dessiner un terrain en triangle ? Toutes ces règles ne sont-elles pas artificielles ? pourquoi ne pas les supprimer ?
Ah ! mais justement, tout l’intérêt de suivre une partie de tennis, c’est que les deux joueurs s’affrontent dans des limites très précises, et il en est ainsi pour beaucoup de choses de la vie. Un vrai poète brillera donc dans le cadre du vers et de la rime, mais j’y reviendrai !
Un peu plus tard, c’est l’adieu aux armes, si je puis m’exprimer de cette façon, c’est une Saison en enfer, où Rimbaud explique qu’il renonce à la littérature pour la découverte de nouveaux horizons ! Qu’est-ce qui le motive principalement ? Il est déçu parce qu’il n’a pas pu se fondre dans sa création, non pour fuir la réalité comme cela se retrouve çà et là chez certains psychologues (et décidément il faudra bien un jour faire le ménage à coups de trique !), mais pour une simple question d’intérêt : comme il le dit lui-même, inventer un langage capable de retransmettre toutes les sensations est le projet qui le passionnait (et on le croit sur parole !)
En fait, Rimbaud découvre que nous sommes limités et il ne saurait en être autrement, puisque nous sommes périssables. Le jeune créateur doit donc comprendre qu’il dispose d’un outil et d’une matière et que le résultat de son travail sera finalement un compromis entre un idéal entrevu et nos possibilités physiques. Est-ce que ce constat, qui peut-être senti comme une fatalité, doit, ainsi que je l’ai déjà vu parfois, constituer un motif pour pleurer, se déchirer les entrailles ?
Non, car la quête de l’absolu, si cette expression n’a pas été trop galvaudé, est également entraînée par les tourments. Sous le joug de sentiments de culpabilité, difficilement compréhensibles, le jeune vrai artiste peut facilement se surmener : a-t-il déjà parlé de cette beauté ? Non, il a failli l’oublier… et pourtant il faut qu’il la traite ! Mais cette couleur-là, ce mot-là, n’y a-t-il pas moyen de les améliorer ? Si, sans doute… alors au travail, encore et encore ! Une Saison en enfer est truffée de ces traces de tourments, de remords, de déchirements et pourtant c’est à ce stade que Rimbaud touche la première marche de l’escalier qui pourrait le mener à l’apaisement !
Seulement, nous sommes bien plus tributaires du plaisir que nous le croyons et alors fi de la sagesse ! Puisque le projet de voler indéfiniment n’est plus possible et qu’en plus ce qu’il fait apparemment n’intéresse personne, Rimbaud décide de ne plus écrire de poésie et de quitter la vieille Europe. Cela est très humain, mais un poète qui s’est reconnu poète que va-t-il faire ? Du commerce ? soit ! Mais cela restera un travail qui demeurera en partie étranger, même si Rimbaud y met toutes ses forces : n’est pas homme d’affaires qui veut !
La suite, on la connaît : de tribulations en tribulations, l’ancien poète se blesse, la plaie s’infecte et il meurt de la gangrène à son retour en France. Il meurt horrifié par l’absurdité de la vie et en effet tout ce qu’il a entrepris, souvent au prix d’efforts surhumains, a échoué !
Baudelaire, quant à lui, sur son lit d’agonie choquera même ses amis par sa haine envers sa mère, mais il faut bien comprendre les choses : tant que le combat pour la justice est mené, la plupart des ressentiments sont étouffés ! Quand la défaite est complète, alors on ne voit plus pourquoi on retiendrait tout ce qu’on a sur le coeur ! Pour moi, une telle attitude consterne uniquement ceux qui ne mesurent pas à quel point on a pu être blessé !
Mais revenons à la Saison et essayons de vraiment comprendre dans quelles conditions elle est rédigée : un homme jeune, dont le talent n’est aucunement reconnu, qui n’a jamais gagné sa vie, qui a éprouvé bien des déboires, qui est seul, en province, etc. écrit : J’ai vécu ceci, j’ai cru cela, mais la vie est ainsi ! mais l’Europe est comme ça ! etc. Un éditeur recevant ce texte sans le connaître dirait : « Mais quel est le dingue qui parle comme ça ! encore un de ces gourous de province qui a trop fumé ! »
Cependant, nous sommes bien d’accord, une Saison est l’un des textes les plus puissants et les plus enrichissants qui soient ! Comme je l’ai dit le mois dernier, la certitude du génie est mystérieuse (une des choses qui excédaient particulièrement les contemporains du Christ, c’est qu’il parlât avec autorité !), il n’est pas écrasé par l’idée qu’il saisit des problèmes qui le dépassent et si personne ne s’intéresse à lui, mais il est en droit de dire que c’est la société qui est pervertie, car si elle courait, comme elle essaie de le faire croire, après la vérité, elle l’accueillerait à bras ouvert, afin d’étancher sa soif de comprendre ! Et pourtant combien de fois, pour ma part, je ne me suis pas demandé si mes questions n’étaient pas dépourvues de sens, puisque personne autour ne se les posait ! Et pourtant nous sommes tous pareils et il n’est pas possible que mes recherches pour moins souffir ne concernent que moi ! D’où la perversion du plus grand nombre, qui n’est pas intéressé par la vérité, mais par la satisfaction de son égoïsme !
Aujourd’hui, on se plaît à trouver en Rimbaud un génie impatient, en laissant sous-entendre que s’il avait su se montrer plus confiant, moins emporté, eh bien, lui aussi aurait eu sa part du gâteau et aurait fini par être récompensé ! Mais ceux qui disent cela, ce sont justement ceux qui ont les meilleures places, ceux qui mangent de l’avoine tous les jours et qui râlent dès qu’il y a un bouchon !
Sur France-culture, des universitaires s’accordent à voir Rimbaud comme un déserteur, car il aurait pu, au lieu de partir, contribuer à la construction d’une meilleure Europe ! Mais ceux qui font ce reproche n’auraient sans doute pas aimé Rimbaud s’ils l’avaient recontré, comme certains écrivains parisiens à son époque ne l’avaient pas non plus apprécié, car le génie est rarement fédérateur ! Il n’est pas liant, il est devant c’est tout !
Le génie, c’est ce que vous percevez quand vous écoutez une musique entraînante : le rythme vous prend tellement que vous sentez que vous pourriez aller encore plus vite, toujours plus vite et soudain l’ « inaccessible étoile » est là ! L’ultime vigueur, celle qui est éternelle, vous l’avez effleurée, mais maintenant vous ne pouvez que vous calmer ; on ne peut pas garder une telle émotion, il faudra attendre le prochain essai pour de nouveau éprouver la même sensation d’absolu !
Le génie porte un peu plus que la normale cette force, celle qui a déchiré les ténèbres, celle dont la puissance dépasse notre entendement et dont nous retrouvons les traces ici et là : par exemple le surfer dans son tube ! Le génie est l’écume de la pensée, il fait partie de la crête de la création et sa hauteur isole plus qu’elle ne rassemble. Ce n’est qu’en refroidissant que les mondes ont pris forme et les universitaires de France-culture, qui oeuvrent malgré notre ingratitude à un pays plus juste, n’en doutons pas, devraient plutôt reconnaître la valeur de l’héritage de Rimbaud, au lieu de se dire que le personnage aurait été plus utile au sein de leur rang ou de celui de leurs pères…
Mais critiquer ainsi le génie, n’est-ce pas aussi une manière de se mettre dans la même charrette que lui ? Quand je vous disais que les scientifiques s’ignorent !
Sa mère, avec raison, place en lui de belles espérances : n’est-il pas un enfant sage… et sensible, mais voilà qu’il est découvert bayant aux corneilles sous le soleil, ainsi que le plus incurable des paresseux ! Avec le temps, force est de constater, que ce garçon est imprévisible et qu’en sa compagnie il est impossible de savoir sur quel pied danser ! Pire, parfois, sa nonchalance, qui vient d’un coup d’œil d’aigle, blesse des vanités plus petites, en se moquant sans le vouloir des choses auxquelles elles étaient attachées !
Ainsi, Rimbaud déçoit et on se méfie de lui. Très tôt, il est seul et pour se consoler, ce qu’il préfère c’est de se perdre dans la nature, de s’enfoncer toujours plus loin dans la grande forêt ardennaise, là où s’éteint toute douleur, où l’enfant Rimbaud est convié à des fêtes connues de lui seul !
C’est le murmure argentin d’un ruisseau, ce sont des pierreries dans la mousse, c’est le souffle des cimes ! Au milieu de ces milliers d’enchantements, Rimbaud se sent plus chez lui que quand il est dans la maison familiale. Il écoute, il a le sentiment qu’il assiste à un spectacle qui se déroule spécialement pour lui et en effet, là où d’autres yeux ne verraient rien, lui, il salue le miracle, l’infinie beauté : c’est un connaisseur, c’est dans sa propre nature !
D’ailleurs, quand il est en âge de s’analyser quelque peu, il exprime les choses ainsi : « Il faut être fort, être né poète et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire : Je pense : on devrait dire on me pense […] Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon et Nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait ! »
Rimbaud s’observe et il se reconnaît poète, comme un arbre dirait, en considérant son écorce et ses feuilles, : « Mais je suis un frêne ! »
Or, quasiment à la même époque, Freud invente la psychanalyse et déclare : « L’art est produit par la sublimation, par la déviation de la pulsion sexuelle vers un objet plus en accord avec le degré de socialisation, toute société comportant des interdits et constituant une source de refoulements… »
Ce résultat, nous le voyons, est absolument contraire à l’expérience et certes l’énergie sexuelle, par la sublimation, peut servir à l’activité artistique, mais en aucun cas elle ne saurait en être à l’origine. Par ailleurs, on ne voit pas du tout quelle socialisation a pu conduire aux œuvres d’art des groupements les plus primitifs, je pense par exemple aux peintures pariétales !
Il serait grand temps que la science ait le courage de nettoyer ses cabanes de jardin et que la psychanalyse, qui présente tout de même des aspects intéressants, soit définitivement rangée avec l’étiquette de métaphysique ! Mais, au fond, cette vision de l’art, qui le montre comme une branche maladive de l’humanité, est-ce qu’elle n’arrangerait pas les scientifiques, ce qui ferait qu’il laisserait ce secteur de la science tel quel ? Car n’oublions pas que, comme le dit Baudelaire, le scientifique et le poète sont deux ambitieux qui se haïssent d’une haine instinctive !
Cela vous étonne ? Mais quelle n’est pas la surprise du poète quand on lui dit que la beauté qu’il contemple et qu’il décrit, il l’invente, notamment parce qu’il ne va pas voir les filles ! Mais quelle n’est pas encore la surprise du scientifique quand on lui dit qu’il ne comprend pas les correspondances de la nature et que devant ce qui fait vraiment l’homme il est comme Mickey accueillant les premiers visiteurs du parc ! Les deux camps ont de quoi s’étriper !
Mais pour en revenir à l’expérience de Rimbaud et en s’attachant justement à ce qu’il en pense lui-même, nous dirons que l’esprit souffle où il veut et que c’est encore là la meilleure explication du génie ! même si aujourd’hui certains voudraient l’associer à l’autisme et à une altération du cerveau ! Tout de même, on pourrait au bout du compte penser que quelques scientifiques feront tout, mais absolument tout pour ne pas trouver la solution ! Ne vous méprenez pas, il y a beaucoup de haine contre l’humanité là-dedans ! L’objectivité n’efface pas les blessures… et rendez-vous à OK Corral !
Nous, nous dirons encore que l’esprit souffle d’autant où il veut qu’il se révèle dans des cœurs simples, a priori aux antipodes de l’accueillir ! Imaginez Charleville en hiver sous la pluie… Qu’est-ce que le génie viendrait y faire ? Ne serait-il pas mieux loti à Paris, dans une famille cultivée, chez un enfant préparé au beau ?
Non, non, le génie va aller trouver un nouveau-né dans une étable ou un rêveur maltraité par des parents commerçants ! C’est à désespérer Saliéri, celui qui en est apparemment le plus digne ! Seulement voilà, le génie, comme tout ce qui est dans la nature, cherche les meilleures conditions pour se développer et un moi déjà imbu de lui-même ne ferait que l’étouffer : il devrait s’efforcer de le contourner, pour bien montrer que c’est lui le message, et un orgueil qui fait la roue, ça prend de la place ! Alors qu’il est possible de pousser en plein soleil, parfaitement à l’aise dans la tête d’un simple, je veux dire de quelqu’un qui n’a rien demandé et qui est à mille lieues de toutes les considérations sur la gloire et sur qui est le plus fort !
Ainsi Rimbaud commence à écrire et il débute par des poèmes de forme parfaitement classique, jusqu’au Bateau ivre, dans lequel les images sont tellement fortes qu’à tout moment le vers semble près de craquer ! Puis, viennent les Illuminations, qui sont des textes très inégaux : il y en a qui sont incompréhensibles et qui ont sans doute été rédigés sous l’effet de l’alcool ou de la drogue. Qu’ils soient abscons n’est pas une preuve de goût, ni d’intelligence, mais ce genre-là est le préféré des gloseurs, qui vont pouvoir se mettre en avant grâce au doute produit par le texte…
Les Illuminations éclatent la forme poétique et c’était sans doute nécessaire, mais ce fut aussi la porte ouverte pour que de nos jours la poésie soit synonyme de n’importe quoi ! Un mot au milieu d’une page, des phrases sans contrôle doivent susciter l’admiration et ne font que désespérer les vrais artistes, comme beaucoup de l’art contemporain !
En ce qui me concerne, je ne conçois pas la poésie sans cadence, sans rythme, car c’est tout de même un langage à part et je ne l’imagine donc pas sans vers, ni sans rimes ! D’ailleurs, celui qui lève déjà les bras à cette annonce, je le juge tout de suite inapte à la poésie ou poétaillon ! Au fait, pourquoi s’intéresser au tennis ou au foot ? Pourquoi ne pas agrandir le court, jouer sans filet, ou mettre les buts sur les côtés, ou dessiner un terrain en triangle ? Toutes ces règles ne sont-elles pas artificielles ? pourquoi ne pas les supprimer ?
Ah ! mais justement, tout l’intérêt de suivre une partie de tennis, c’est que les deux joueurs s’affrontent dans des limites très précises, et il en est ainsi pour beaucoup de choses de la vie. Un vrai poète brillera donc dans le cadre du vers et de la rime, mais j’y reviendrai !
Un peu plus tard, c’est l’adieu aux armes, si je puis m’exprimer de cette façon, c’est une Saison en enfer, où Rimbaud explique qu’il renonce à la littérature pour la découverte de nouveaux horizons ! Qu’est-ce qui le motive principalement ? Il est déçu parce qu’il n’a pas pu se fondre dans sa création, non pour fuir la réalité comme cela se retrouve çà et là chez certains psychologues (et décidément il faudra bien un jour faire le ménage à coups de trique !), mais pour une simple question d’intérêt : comme il le dit lui-même, inventer un langage capable de retransmettre toutes les sensations est le projet qui le passionnait (et on le croit sur parole !)
En fait, Rimbaud découvre que nous sommes limités et il ne saurait en être autrement, puisque nous sommes périssables. Le jeune créateur doit donc comprendre qu’il dispose d’un outil et d’une matière et que le résultat de son travail sera finalement un compromis entre un idéal entrevu et nos possibilités physiques. Est-ce que ce constat, qui peut-être senti comme une fatalité, doit, ainsi que je l’ai déjà vu parfois, constituer un motif pour pleurer, se déchirer les entrailles ?
Non, car la quête de l’absolu, si cette expression n’a pas été trop galvaudé, est également entraînée par les tourments. Sous le joug de sentiments de culpabilité, difficilement compréhensibles, le jeune vrai artiste peut facilement se surmener : a-t-il déjà parlé de cette beauté ? Non, il a failli l’oublier… et pourtant il faut qu’il la traite ! Mais cette couleur-là, ce mot-là, n’y a-t-il pas moyen de les améliorer ? Si, sans doute… alors au travail, encore et encore ! Une Saison en enfer est truffée de ces traces de tourments, de remords, de déchirements et pourtant c’est à ce stade que Rimbaud touche la première marche de l’escalier qui pourrait le mener à l’apaisement !
Seulement, nous sommes bien plus tributaires du plaisir que nous le croyons et alors fi de la sagesse ! Puisque le projet de voler indéfiniment n’est plus possible et qu’en plus ce qu’il fait apparemment n’intéresse personne, Rimbaud décide de ne plus écrire de poésie et de quitter la vieille Europe. Cela est très humain, mais un poète qui s’est reconnu poète que va-t-il faire ? Du commerce ? soit ! Mais cela restera un travail qui demeurera en partie étranger, même si Rimbaud y met toutes ses forces : n’est pas homme d’affaires qui veut !
La suite, on la connaît : de tribulations en tribulations, l’ancien poète se blesse, la plaie s’infecte et il meurt de la gangrène à son retour en France. Il meurt horrifié par l’absurdité de la vie et en effet tout ce qu’il a entrepris, souvent au prix d’efforts surhumains, a échoué !
Baudelaire, quant à lui, sur son lit d’agonie choquera même ses amis par sa haine envers sa mère, mais il faut bien comprendre les choses : tant que le combat pour la justice est mené, la plupart des ressentiments sont étouffés ! Quand la défaite est complète, alors on ne voit plus pourquoi on retiendrait tout ce qu’on a sur le coeur ! Pour moi, une telle attitude consterne uniquement ceux qui ne mesurent pas à quel point on a pu être blessé !
Mais revenons à la Saison et essayons de vraiment comprendre dans quelles conditions elle est rédigée : un homme jeune, dont le talent n’est aucunement reconnu, qui n’a jamais gagné sa vie, qui a éprouvé bien des déboires, qui est seul, en province, etc. écrit : J’ai vécu ceci, j’ai cru cela, mais la vie est ainsi ! mais l’Europe est comme ça ! etc. Un éditeur recevant ce texte sans le connaître dirait : « Mais quel est le dingue qui parle comme ça ! encore un de ces gourous de province qui a trop fumé ! »
Cependant, nous sommes bien d’accord, une Saison est l’un des textes les plus puissants et les plus enrichissants qui soient ! Comme je l’ai dit le mois dernier, la certitude du génie est mystérieuse (une des choses qui excédaient particulièrement les contemporains du Christ, c’est qu’il parlât avec autorité !), il n’est pas écrasé par l’idée qu’il saisit des problèmes qui le dépassent et si personne ne s’intéresse à lui, mais il est en droit de dire que c’est la société qui est pervertie, car si elle courait, comme elle essaie de le faire croire, après la vérité, elle l’accueillerait à bras ouvert, afin d’étancher sa soif de comprendre ! Et pourtant combien de fois, pour ma part, je ne me suis pas demandé si mes questions n’étaient pas dépourvues de sens, puisque personne autour ne se les posait ! Et pourtant nous sommes tous pareils et il n’est pas possible que mes recherches pour moins souffir ne concernent que moi ! D’où la perversion du plus grand nombre, qui n’est pas intéressé par la vérité, mais par la satisfaction de son égoïsme !
Aujourd’hui, on se plaît à trouver en Rimbaud un génie impatient, en laissant sous-entendre que s’il avait su se montrer plus confiant, moins emporté, eh bien, lui aussi aurait eu sa part du gâteau et aurait fini par être récompensé ! Mais ceux qui disent cela, ce sont justement ceux qui ont les meilleures places, ceux qui mangent de l’avoine tous les jours et qui râlent dès qu’il y a un bouchon !
Sur France-culture, des universitaires s’accordent à voir Rimbaud comme un déserteur, car il aurait pu, au lieu de partir, contribuer à la construction d’une meilleure Europe ! Mais ceux qui font ce reproche n’auraient sans doute pas aimé Rimbaud s’ils l’avaient recontré, comme certains écrivains parisiens à son époque ne l’avaient pas non plus apprécié, car le génie est rarement fédérateur ! Il n’est pas liant, il est devant c’est tout !
Le génie, c’est ce que vous percevez quand vous écoutez une musique entraînante : le rythme vous prend tellement que vous sentez que vous pourriez aller encore plus vite, toujours plus vite et soudain l’ « inaccessible étoile » est là ! L’ultime vigueur, celle qui est éternelle, vous l’avez effleurée, mais maintenant vous ne pouvez que vous calmer ; on ne peut pas garder une telle émotion, il faudra attendre le prochain essai pour de nouveau éprouver la même sensation d’absolu !
Le génie porte un peu plus que la normale cette force, celle qui a déchiré les ténèbres, celle dont la puissance dépasse notre entendement et dont nous retrouvons les traces ici et là : par exemple le surfer dans son tube ! Le génie est l’écume de la pensée, il fait partie de la crête de la création et sa hauteur isole plus qu’elle ne rassemble. Ce n’est qu’en refroidissant que les mondes ont pris forme et les universitaires de France-culture, qui oeuvrent malgré notre ingratitude à un pays plus juste, n’en doutons pas, devraient plutôt reconnaître la valeur de l’héritage de Rimbaud, au lieu de se dire que le personnage aurait été plus utile au sein de leur rang ou de celui de leurs pères…
Mais critiquer ainsi le génie, n’est-ce pas aussi une manière de se mettre dans la même charrette que lui ? Quand je vous disais que les scientifiques s’ignorent !
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